Danemark

Danemark : État des lieux de l’enseignement supérieur et la recherche

May 2009

Publié dimanche 24 janvier 2010 par Collectif Printemps 2010

Communication pour la journée « Pour une autre Europe du Savoir » qui s’est déroulée le samedi 30 Mai 2009 au « 104 », 104 rue d’Aubervilliers, Paris.

Suite à la conférence ministérielle tenue à Louvain fin avril [2009], un communiqué de presse diffusé par le Ministre des Sciences, de la Technologie et du Développement a annoncé que, dans la course aux réalisations des objectifs fixés pour 2010, le Danemark occupe la deuxième place après l’Écosse et devant la Suède ! Cela en dit déjà long sur la situation des universités danoises qui, depuis 2001, année où le gouvernement actuel est arrivé au pouvoir, voient les réformes (timidement amorcées par le gouvernement précédent) se succéder à un rythme plus que soutenu.

En synthétisant un peu, on peut parler d’une triple réforme touchant : les structures, le mode de gouvernance et le financement.

  1. Réforme structurelle implique la fusion – obligée – des universités -*soit avec d’autres universités, soit avec les hautes écoles techniques, pédagogiques et commerciales qui, depuis 1992, sont considérées commes des établissements supérieurs d’enseignement et de recherche et régis par la loi sur les universités ; -*d’autre part les « organismes de recherche finalisée » destinés à éclairer les décideurs sur les conséquences de leur politique.

À l’avenir, une partie du financement des universités devraient provenir de la recherche finalisée, ce qui veut dire, entre autres, que les universités doivent entrer en compétition pour obtenir des contrats de recherche sur des projets « préformulés » par l’administration publique... → Pensée critique mise sous pression. Des résultats indésirables feront passer les contrats et l’argent ailleurs, vers des chercheurs ou des établissement plus « coopératifs » !

Curieusement, la réforme structurelle ne repose sur aucune analyse préalable mais uniquement sur le postulat qu’il y avait trop d’universités ou de centres universitaires pour un petit pays. [N’empêche que ces temps-ci, le ministre a lancé l’idée de la création d’une nouvelle université... privée… ]

  1. Réforme de gouvernance introduite par la loi sur les universités votée en 2003. Cette loi, qui vise à transformer le mode de gouvernance des établissement de recherche sur le modèle de l’entreprise, a aboli l’autonomie collégiale à tous les niveaux.

Avant 2003, le président de l’université, les doyens de la faculté et les directeurs d’UFR étaient tous élus par les enseignants-chercheurs.

Aujourd’hui, un Conseil d’Administration – dont la majorité des membres, conformément à la loi, sont recrutés hors de l’université – élit le président ; le président embauche le vice-président et les doyens ; ces derniers embauchent les directeurs d’UFR. Les relations entres ces différents niveaux de pouvoir sont réglées par des contrats précisant les objectifs à atteindre.

Les enseignants-chercheurs siègent au conseil académique de chaque faculté, mais ce conseil joue un rôle purement consultatif et n’a aucun recours légal contre les décisions prises par la direction.

  1. Réforme de financement
  • Diminution du budget alloué directement aux universités et création d’une Agence Nationale de la Recherche Stratégique à côté de l’Agence Nationale de la Recherche Libre dont les moyens sont nettement inférieurs à l’Agence Stratégique.
  • Allocation de moyens en fonction d’indicateurs divers dont je citerai quelques-uns :
    • Bibliométrie : L’incertitude règne. Une première tentative d’établir des listes d’autorité a échoué. 68 sous-comités composés de chercheurs reconnus ont établi des listes dans autant de domaines ; or, leurs listes ont été corrigées par des instances ministérielles si bien que les chercheurs ont ensuite refusé d’accorder de la légitimité au résultat final. L’exercice est à recommencer
    • Capacité d’attirer des « financements externes » ;
    • Nombre d’étudiants inscrits aux examens et la durée de leurs études ;
    • « Employabilité » des candidats.

Réactions :

En ce qui concerne la loi sur les universités, elle a certes suscité des résistances sous forme d’analyses et de commentaires très critiques, mais aucun mouvement de résistance coordonné comparable à ce que vous vivez en France. Les associations syndicales, de leur côté, ont formulé des critiques et organisé des conférences-débats, mais elles sont tenues de respecter « le devoir de paix sociale », ce qui veut dire que les arrêts de travail concertés sont contraires à la loi pendant la durée de la convention. Une pétition nationale a été engagée par un comité lié au blog « Forskningsfrihed » [fr : Liberté de recherche] l’année dernière ; elle a recueilli 6500 signatures dont 3000 venant des enseignants-chercheurs. Le nombre peut vous paraître dérisoire, mais 3000 chercheurs – sur les 8000 que compte le pays [de 5,5 millions d’habitants] – est un nombre qui prouve que le mécontentement et les frustrations sont très répandus.

La pétition demandait, entre autres, une révision de la loi sur les universités en vue de mieux protéger la liberté de recherche individuelle [menacée notamment par l’obligation de recourir au financement externe, par les programmes stratégiques et « d’excellence » qui jouent les universités les unes contre les autres, etc.].

De fait, la loi garantit la liberté de recherche aux « universités » mais non pas au « chercheur individuel ».

Bilan :

La loi sur les universités est actuellement en cours d’évaluation par un comité d’experts internationaux – tous étrangers et tous désignés par le Ministre qui a déjà fait savoir qu’il n’entend rien changer au mode de gouvernance actuel... Par ailleurs, le comité d’évaluation compte deux représentants qui ont un passé à l’OCDE et qui ont déjà participé a l’exercice il y a cinq ans ! Dans le rapport d’évaluation remis en 2004, le comité a décrit la loi comme « un pas dans la bonne direction », alors ... difficile d’espérer que le comité actuel arrivera à une autre conclusion !

*HEC Copenhague : Établissement de recherche et d’enseignement supérieur public. Depuis 1992 régi par la loi sur les universités.


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Wednesday 21 September 2011
by  antonin

DENMARK: Questions raised over PhD expansion

Denmark’s state auditor is pressing the government to justify its policy of doubling the intake of PhD students at a cost of EUR700 million (US$1 billion), when a shortfall of Danish masters students means a large proportion of places will go to international students who tend to leave the country after completing their doctorates.

Monday 15 November 2010
by  antonin

Danemark: Analysis of the Industrial PhD Programme

This report has been prepared by the Centre for Economic and Business Research (CEBR). It presents an analysis of the economic impact of the Danish Industrial PhD Programme on participating companies and on wage and career characteristics of Industrial PhD graduates.

Saturday 6 March 2010
by  antonin

DENMARK: Huge doctorate expansion continues

In 2007, 432 new international students were recruited to undertake a PhD in Denmark’s universities - a 75% rise in eight years. As a part of the government’s globalisation strategy of allocating 0.5% of GNP or 39 billion DKK (US$7.1 billion) between 2006 and 2012, the number of new PhD students is expected to reach 2,400 this year, double the number in 2003. At the same time, total foreign enrolments are expected to rise so that foreign students will represent 25% of new enrolments.

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Brèves

Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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