AERES : un palmarès, une pipe. Et réciproquement.

affordance.info | 12/01/2011
jeudi 10 février 2011
par  antonin
4 votes

Ayé. L’AERES (agence d’évaluation de la recherche) vient de publier le résultat de 4 années de travaux. Cela s’intitule : "Analyses régionales des évaluations réalisées entre 2007 et 2010." Sobre.

Jean-François Dhainaut, personnage controversé et grand gourou de ce grand machin-chose, affirme que "Ce n’est pas un palmarès". Certes. Surtout quand on sait que "Ceci n’est pas une pipe".

Bon ben j’ai tout lu. Oui je sais je suis un grand malade. Je me suis particulièrement attaché à lire en détail la partie concernant l’académie de Nantes (qui est aussi l’université qui m’emploie pour l’instant). Et j’ai ainsi pu avoir la confirmation qu’il ne s’agissait effectivement en rien d’un palmarès, pas davantage d’une mise en concurrence des universités, non non non Madame, non Monsieur, puisqu’on peut y lire par exemple, ceci (je souligne) :

Les masters
Dans l’académie de Nantes, les notes attribuées aux masters SHS par l’AERES sont globalement en dessous de ce que l’on pourrait attendre. Seules 20 mentions sur 45 ont obtenu un A et moins de la moitié des spécialités. Ce résultat global ne doit pas masquer les disparités entre établissements. Les 2 plus petits tirent l’ensemble vers le bas : moins de 38 % des mentions à Angers et moins de 29 % au Mans ont été notées A. Dans cette dernière université, seule une spécialité sur 3 obtient la meilleure note. (...)

Ou encore ceci (je souligne) :

"Globalement, les résultats de l’évaluation de la recherche en SHS dans l’académie de Nantes sont de bonne qualité : plus de la moitié des unités évaluées ont obtenu la note A (soit 12 % de plus que le niveau national). Il faut toutefois souligner l’absence complète de notes A+. Le taux de notes B et C est dans la moyenne nationale.

Le tout assorti de splendides infographies qui là encore se gardent bien de toute tentative de palmarès en classant les universités et/ou secteurs disciplinaires et/ou laboratoires de recherche du meilleur au plus mauvais.

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(çui-là, de graphique de l’académie de Nantes, ça va encore, mais y’en a d’autres - académies et universités - dans lesquelles on va bientôt voir se multiplier les demandes de mutation ou les tentatives de vol en apesanteur depuis la fenêtre du troisième étage)

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Dans cet exemple ci-dessus, on voit bien par exemple qu’il est très pertinent de faire partie de l’une des écoles doctorales des universités d’Angers et du Mans. On voit bien aussi qu’il est parfaitement impossible d’établir un palmarès de la meilleure offre universitaire en Master dans l’académie de Nantes.

Tout le reste est à l’avenant. Alors bien sûr un tel document synthétique de 598 pages sera utile au politique et il lui est même - peut-être - nécessaire pour "se faire son idée", et puis c’est du sérieux hein, du lourd, "10 000 évaluations par plus de 4500 experts français et internationaux." Voilà voilà voilà. Mais qu’entend-je ? Il se murmure que beaucoup des fameuses evaluations ont été réalisées par les laboratoires eux-mêmes ? Y’en-a-qui-disent-que la plupart des tableaux concaténés par l’AERES étaient déjà disponibles dans les services administratifs des universités concernées ? On murmure que l’AERES a mis au chômage d’autres grands machin chose (çui-là, çui-là aussi, et encore plein d’autres). On sous-entend que munis de si nets et définitifs palmarès indicateurs, le pouvoir politique en place (ou les universités autonomes, ce qui est la même chose, ces dernières ne servant in fine que l’intérêt du premier) on sous-entend, disais-je, que le pouvoir politique en place ne sera pas tenté de supprimer les formations les moins bien notées performantes. Toujours plus pour les plus grandes (pôles d’excellence et tutti quanti) et toujours moins pour les plus petites. Libéralisme programmatique.

On me chuchote aussi à l’oreille que mobiliser "4500 experts français et internationaux" pour constater que les universités les plus riches / importantes sont celles qui tirent le mieux leur épingle du jeu, c’est un peu comme demander à Marc Toesca de présenter à nouveau le Top 50 : c’est tout à fait possible mais est-ce vraiment nécessaire ??

A lui seul, et si vous n’avez pas le temps et/ou le courage de vous cogner la lecture des 598 pages, le communiqué de presse fourmille de révélations toutes plus inédites les unes que les autres. On y découvre en effet que :

une relation très forte existe entre la qualité de la recherche et celle des masters et inversement

c’est vrai. Il existe également une relation très forte entre l’intensité de la pluie qui tombe et le degré d’humidité des vêtements portés par ceux qui sont dessous lorsqu’elle tombe.

la collaboration est devenue effective entre les universités et les écoles, entre les universités et les organismes de recherche, entre les universités et les CHU et entre les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche et ceux du monde socio-économique ;

c’est également vrai. D’ailleurs précisons qu’avant l’invention de l’AERES et l’envoi de sa cohorte d’experts, les chercheurs refusaient catégoriquement d’adresser la parole au monde socio-économique, que les CHU n’avaient jamais entendu parler de l’université, etc.

une dynamique des grandes métropoles a été engendrée par la préparation aux récents appels d’offres tels l’opération Campus et le Grand Emprunt. Ces métropoles ont mis en place une réflexion autour de projets collaboratifs permettant l’implantation de grands plateaux techniques

c’est vrai. Quand on te fais un chèque de plusieurs dizaines de millions d’euros à partager avec les autres universités de ton académie (opération Campus et Grand Emprunt), tu as tendance à ne pas t’enfuir avec ledit chèque mais à discuter avec ses autres destinataires des meilleurs moyens d’employer cette manne (= "réflexion autour de projets collaboratifs etc.")

au sein des régions, hors des grandes métropoles, des collaborations étroites sont indispensables pour atteindre la masse critique qui permettra de travailler à armes égales avec les grandes métropoles ;

c’est vrai. Quand tu es tout petit et que tu veux lutter contre un très grand, soit tu attends 20 ans de grandir, soit tu t’allies avec d’autres touts petits. C’est une loi scientifique édictée après 4 ans de travail acharné par plus de 4500 experts français et internationaux.

les universités de création récente remplissent le plus souvent remarquablement leur mission de proximité. Leur mission de recherche, plus difficile à accomplir, ne peut se concevoir qu’en tissant des liens avec les grandes métropoles.

c’est vrai. Pour des raisons qui échappent encore au monde scientifique, il est assez délicat d’installer un collisionneur de hadrons dans toutes les petites universités de province. Et Jean-François Dhainaut de conclure ce splendide communiqué de presse en indiquant (je souligne) :

que l’AERES a insufflé une culture qualité et d’autoévaluation dans les universités et initié une dynamique de progrès. Cette 1re évaluation cartographique est un outil novateur (sic) et indispensable (double-sic). Il faut maintenant aller plus loin : l’étendre aux écoles, valider les procédures d’évaluation du personnel, promouvoir l’autoévaluation et l’évaluation à l’international.

Allez, Jean-François, un p’tit palmarès une p’tite pipe ?

impg 764

Moralité. L’AERES est un outil. Une sorte de marteau. Qui, en d’autres mains et d’autres temps aurait pu servir a consolider l’édifice de la recherche universitaire française, bien moins branlant et chancelant que ne le prétendent certains politiques. Ledit marteau ne servira ici au mieux qu’à placarder un palmarès, et au pire, à taper sur les doigts de certaines universités puis de certains chercheurs. J’ai de toute façon toujours préféré l’idée d’un marteau sans maître.

Update du lendemain

Je vous recommande chaudement la lecture du communiqué des Directeurs d’Écoles d’Ingénieurs suite à la livraison de l’AERES. Ci-dessous quelques extraits qui me semblent très bien pointer tous les travers et dangers dont cette agence est porteuse :

"Sur la forme, la CDEFI conteste le rôle que s’attribue l’AERES dans la rédaction d’une étude de cette nature. Elle rappelle que l’AERES est une agence d’évaluation selon les termes de la Loi et qu’à ce titre elle a vocation à évaluer les formations universitaires existantes. En aucun cas, il ne lui appartient à ce jour d’élaborer le cahier des charges de formations à venir."

"Par ailleurs, la CDEFI constate la fragilité de la légitimité du groupe réputé avoir contribué à la rédaction de l’étude. Elle remarque notamment que deux des personnes citées ont déjà publié un communiqué indiquant ne pas avoir été associées à ce travail et ne pas en partager les conclusions. Elle souligne également l’absence notoire de représentants du monde économique, alors-même que cette étude prétend s’intéresser au métier d’ingénieur"

"la CDEFI rappelle à la Présidence de l’AERES que la Loi LRU prévoit l’existence de deux conférences consultatives pour l’Enseignement supérieur et la Recherche en France : la Conférence des Présidents d’Université et elle-même. Elle s’étonne que sur un sujet intéressant directement les formations d’ingénieurs, elle n’ait été pour le moins tenue informée de la démarche, au mieux consultée sur son opportunité."

"Enfin, sur le cas particulier des formations au métier d’ingénieurs au sein des universités. La proposition de création d’un ‘‘modèle 4’’ est sans fondement du point de vue du diplôme d’ingénieurs. La CDEFI souligne sur ce point qu’il existe en France aujourd’hui 50 écoles d’ingénieurs internes aux universités. Elle rappelle que ces écoles, composantes d’universités, sont particulièrement dynamiques et contribuent largement à l’attractivité de leur établissement de tutelle. Aujourd’hui, il n’y a guère d’universités à composante scientifique qui n’ait sa propre école interne. Et ces écoles diplôment près d’un ingénieur sur 5. Elles ont une mission d’ascension sociale incontestable avec un taux de boursiers dépassant pour la plupart le seuil symbolique des 30 %. C’est pourquoi la CDEFI s’inquiète de cette prise de position de l’AERES et déplore l’introduction d’une concurrence inutile entre les formations au sein d’une même université alors que nous sommes confrontés à des impératifs de lisibilité de notre offre de formation."

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Brèves

Calendrier de la campagne 2013 de qualification universitaire

lundi 9 juillet 2012

Sur le site du ministère :

Chaque candidat doit remplir un dossier pour chacun des deux rapporteurs désignés. Ce dossier comprend :

les pièces obligatoires précisées dans l’article 4 de l’arrêté du 16 juillet 2009 modifié par arrêté du 20 août 2010 des documents complémentaires exigés par les différentes sections du CNU. Ils seront communiqués ultérieurement.

La validité de la qualification est appréciée à la date de clôture des inscriptions au concours ouvert pour chaque emploi. Les candidats à la qualification ne peuvent pas se porter candidats sur les postes dont le dépôt de candidatures serait clos avant la date de prise d’effet de leur qualification

Nouvelle politique des Préfectures sur le titre de séjours scientifiques

samedi 19 février 2011

Voici une petite réactualisation concernant les titres de séjour scientifiques transmise par Sophie Gerber (INRA) :

La Préfecture a changé de politique concernant la durée des titres de séjour scientifiques. Elle ne délivrera plus automatiquement des titres d’un an comme elle le faisait jusque là indifféremment pour les séjours inférieurs et supérieurs à un an. Dorénavant, dans le cas d’un renouvellement de titre de séjour scientifique, la durée inscrite sur la convention sera prise en compte. Ainsi si la convention dure plus d’un an le chercheur bénéficiera d’un titre pluriannuel mais si la convention dure moins d’un an, le titre de séjour expirera le même jour que la fin de la convention. J’attire votre attention sur ce dernier point qui peut s’avérer problématique pour les chercheurs.

A titre d’exemple, une convention d’accueil d’une durée de six mois donnera droit à un titre de séjour de six mois et non plus d’un an, il faudra donc anticiper les renouvellements de contrat plus de deux mois en avance sous peine de devoir recommencer la procédure de demande de convention d’accueil et de renouvellement de titre de séjour tous les six mois. Je vous rappelle qu’une convention d’accueil peut couvrir plusieurs contrats successifs et peut permettre à un chercheur de consacrer son temps et son énergie à ses recherches sans avoir à courir après sa nouvelle convention d’accueil tous les trois mois.

De plus à chaque renouvellement de sa carte de séjour, un scientifique doit s’acquitter d’une taxe OMI de 110 euros.

Recrutement 2011 de PRAG / PRCE

jeudi 2 décembre 2010

[Blog Histoires d’universités | 30/11/2010 | par Pierre Dubois]

À quoi aboutissent deux modes de gestion des ressources humaines, celui des universités autonomes passées aux “responsabilités et compétences élargies” et celui centralisé du ministère de l’Éducation nationale ? A une situation parfaitement ubuesque. La preuve : la procédure de recrutement des PRAG et des PRCE dans les universités pour l’année 2011 est lancée. On se dit que son calendrier et ses différentes étapes vont forcément coincer ici ou là.

(...)

Listes de qualifications : précision sur leur expiration

vendredi 29 octobre 2010

Depuis le décret n°2009-460, « La liste de qualification cesse d’être valable à l’expiration d’une période de quatre années à compter du 31 décembre de l’année de l’inscription sur la liste de qualification. » Ainsi, si vous avez été qualifié en janvier ou février 2007, vous restez qualifié jusqu’au 31/12/2011. Vous pouvez ainsi postuler sur les postes publiés au fil de l’eau en 2011 sans redemander une nouvelle qualification.

Campagne de recrutement ATER 2010-2011 à Paris 8

lundi 3 mai 2010

Campagne ouverte du 28 avril 2010 au 20 mai 2010 inclus

  • Université de Paris 8 à Saint Denis Des postes sont susceptibles d’être vacants dans les sections suivantes : 01, 02, 03, 05, 07, 11, 12, 16, 18, 23, 25 - 26, 27, 61, 70, 71.
  • Institut technologique de Montreuil
    Sections 61 et 27.
  • Institut Technologique de Tremblay
    Pour les sections suivantes : 71 et 11.

Pour plus d’informations et télécharger le dossier de candidature pour l’année universitaire 2010-2011

http://www.univ-paris8.fr - rubrique : enseignants – ATER

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