Précaire universitaire, ton univers : se taire, pécaïre !

Le journal de Geed |27/03/2010
dimanche 4 avril 2010
par  antonin
11 votes

Un employé de la bibliothèque universitaire de Lille 3 m’apprend ce chiffre : sur 90 personnes qui travaillent dans ce temple du savoir ; 49 sont précaires : étudiants, CDD… Plus l’université française est sensée préparer les jeunes à un travail stable, plus elle créée de la précarité, de l’exclusion du désespoir.

À la BU [Bibliothèque Universitaire] par exemple, des étudiants travaillent deux ou trois mois, pour apprendre aux nouveaux étudiants comment utiliser le catalogue informatisé. Ils bossent une dizaine d’heures par semaines, pendant les heures de cours. Pas de quoi gagner sa vie, juste de quoi manquer des cours au premier semestre, juste de quoi flinguer une année d’étude.

Toujours à la BU, la direction à demander aux étudiants vacataires s’ils étaient prêts à travailler en heures de soirée. Sans prévenir les responsables syndicaux, les syndicats étudiants, et sans avertir les vacataires concernés qu’ils allaient, en acceptant quelques heures de plus, empêcher l’embauche de salariés à plein temps. Personnellement je suis à fond pour les ouvertures vespérales et samedi aprésmidiales, à condition qu’elles soient effectuées avec du personnel supplémentaire, embauché à plein temps.

Pour un congrès, une enseignante de Lille 3 fait appel au renfort d’une secrétaire en cdd. Celle ci, tourne dans la fac depuis plusieurs années, remplaçant l’une, renforçant ‘autre, en espérant un jour être embauché à plein temps.

Des sociologues qui travaillent, en autres sur la précarité, embauchent des étudiants en vacations pour effectuer à leur place les entretiens nécessaires à leurs enquêtes.

Un professeur des universités présente rapidement les nouvelles maquettes des mastères de l’Idist : M1 ICD et M2 Idemm, Gide,. A la demande d’un étudiant il précise : « nous avons renforcé le nombre d’heures de cours il sera difficile d’avoir une activité professionnel en parallèle ». C’est condamner des étudiants, l’an prochain à arrêter leurs études pour survivre en trimant chez Mc DO. Je pense à une étudiant en préparation de Capes, qui, l’an dernier, me disait :

Nous sommes trois sœurs. L’an prochain le plus jeune entre en fac. Mes parents m’ont dit « Il faut que tu réussisses. Nous n’avons pas les moyens d’entretenir 3 étudiantes en même temps. »

C’est un effet pervers de la masterisation. Jusqu’à l’en dernier si on était travailleurs on pouvait obtenir le Capes trois ans après le bac. Aujourd’hui il faut attendre cinq ans. C’est deux ans de plus à tenir, de galères en petits boulots.
Et malheur à celui qui traîne un peu, comme c’était courant dans les années 70. A partir de 26 ans on a plus accès à rien : plus de bourse, pas de gratuité des frais d’inscription même si on est au RSA, pas d’accès aux offres d’emplois, aux logements du Crous, même les assistantes sociales ne le recevront pas. Il reste le RSA, mais pas question de déclarer qu’on est étudiant, sous peine de se faire sucrer cette allocation.

Et tous ces efforts pour quoi. La massification du recrutement en université est une bonne chose. Mais les entreprises ne jouent pas le jeu. 40 % de chaque classe d’age parviendra à bac + 4, et au delà. L’économie française (service public inclus, ne lui offre que 20 % d’emplois à ce niveau. La moitié de ces diplômés trouvera au mieux des emplois d’employés. Précaires. A votre avis combien de fils d’immigrés, de fils d’ouvriers, combien de femmes, combien de handicapés parmi la « bonne » moitié ?

La massification universitaire est une bonne chose mais sans massification des recrutements et des moyens techniques, elle aboutit à des facs hangars, où sont parqués les étudiants qui comme les soldats des années 30 coûtent moins chers que des chômeurs. A Lille 3 l’administration a essayé de faire passer hier un amendement fxant à 45 le plafond à partir duquel on doit dédoubler un groupe de TD. Il a été repoussé par l’alliance improbable de SUD étudiant et des syndicats corporatistes d’enseignants.

Les enseignants ne jouent pas toujours le jeu non plus. Leur intérêt à court terme est de remplir leurs formations, pour bénéficier de financements supplémentaires. Résultats : les masters « sélectifs » acceptent des étudiants dont on sait qu’ils ne remplissent pas les compétences minimum. Des quasi-illettrés sont acceptés en formation de rédacteurs web… Puis une fois le M2 passé, on peut être plus sincère. Après avoir terminé son master de recherche en arts et culture, une étudiante, de Lille 3, l’an dernier a eu un entretien avec son enseignant : Il n’y aura pas de place de chercheurs dans ce domaine avant des années, a-t-il expliqué. » Elle est aujourd’hui surveillante à plein temps. On rencontre de plus en plus de surveillants de 40 ans !


A lire sur le blog Le Journal de Geed

Illustration : "Pain" de Duchesse_2_Guermante (à voir www.deviantart.com)



Commentaires

Logo de tex
samedi 24 avril 2010 à 11h54 - par  tex

le scandale actuel c’est la norme ; et pas seulement à l’université
salutations

Tex

jeudi 8 avril 2010 à 23h40

c’est tout bonnement scandaleux !

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Brèves

Je gagne 1700 euro et j’avance 650 euro par mois pour les kilomètres

vendredi 22 novembre 2013

Bonjour,
Je travaille pour l’Éducation Nationale dans une structure très particulière, je me déplace sur 2 départements : je gagne 1700 euro par mois et je dois avancer TOUS LES frais ; je suis remboursé avec un décalage de 3 mois et sur une base SNCF ET évidemment j’utilise ma PROPRE voiture. Je suis évidemment contractuel depuis 2004 mais j’ai changé 3 fois d’académie, j’ai des "trous" dans mon état de service et donc je n’ai jamais pu être titularisé (ni en 2000 ni cette année).
[par Anonyme]

Montpellier Université : le temps des postes tirés au sort

lundi 3 octobre 2011

On l’appellera Françoise pour la protéger malgré sa cartouchière de diplômes correspondant à bac + 10. Trentenaire montpelliéraine, la jeune docteur en sociologie, spécialisée dans les institutions et l’administration, enseigne depuis deux ans dans les facs et lycées parisiens.

En 2010, elle est vacataire dans le supérieur et contractuelle dans l’Éducation nationale (option SES) en 2nde et 1ère. Pour cette rentrée, elle est certaine qu’un poste à mi-temps d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) lui est attribué par la commission scientifique universitaire. Pas la lune : 1 200 € par mois plus une prime annuelle sensiblement équivalente mais de quoi être rassurée quant à l’avenir immédiat et pouvoir poursuivre ses travaux de recherche.

Pour compléter l’enseignement aux étudiants, un autre mi-temps est confié à l’une de ses jeunes collègues. Françoise prépare ses cours pendant l’été, regagne Paris. On lui demande de démarrer en septembre, sans contrat. Et patatras.

La semaine dernière, la présidence de l’université décide d’un plein-temps. La commission scientifique tranche... par tirage au sort. Françoise reste sur le carreau. En remplacement, l’université lui propose des vacations. Payées en mars.

Sur le Web : Lire sur Midi Libre

Carcassonne. Le prof vacataire réclame son dû

lundi 27 juin 2011

[La Dépêche | 22/06/2011 | D.B.]

Dans une précédente édition nous relations la galère de Francis Campana, ce cadre au chômage, engagé par l’IUT de Perpignan pour donner 20 heures de cours à Carcassonne en octobre 2010. Depuis, il se bat pour se faire payer cette prestation, une facture qui n’a rien d’exorbitant, environ 1 000 euros brut. Le responsable de l’IUT, qui n’a par ailleurs pas souhaité s’exprimer sur le sujet, se bornait à préciser que son établissement n’est pas en droit de rémunérer des professeurs, même vacataires, au chômage, une situation que l’administration de l’IUT n’ignorait pourtant pas lors de la signature du contrat de prestation.

Malgré des lettres recommandées et de multiples interventions, la sollicitation du médiateur académique, Francis Campana n’a, à ce jour, toujours pas perçu sa rémunération. La seule avancée qu’il dit avoir obtenue, récemment, après plusieurs mois de relances, c’est une information bien sibylline du secrétariat de l’Université de Perpignan lui assurant « qu’une réponse est en cours de préparation et vous sera donnée par le médiateur académique ». (...)

Témoignage...

dimanche 15 mai 2011

Moi aussi je suis fatigué d’être contractuel dans l’académie d’Amiens en arts plastiques depuis 12 ans avec cette année.
Je viens de passer l’oral du capes mardi dernier à Tours pour la 7 ème fois, et je me suis encore planté et j’en veux au monde entier parce qu’à chaque fois à l’oral on remet en cause ma proposition de cours et le lendemain il faut faire cours comme si de rien n’était, j’ai 19.80 en notation administrative, l’inspecteur, après mon inspection a souhaité que je sois jury de bac en arts plast à l’oral, parce que j’avais de l’expérience.
C’était cette fois en 2005, et 1 semaine ensuite je retournais passer l’oral à Tours ...
Je suis souvent sur 2 établissements minimum quand c’est pas 3, pendant 7 ans je faisais environ 120 km pour aller travailler et 120 pour revenir...
Mais tout cela on s’en fiche, j’ai 38 ans et qu’ai- je fait de ma vie... Rien, la blaze...

Appel à témoins Jeunes précaires diplômés

vendredi 8 avril 2011

Je suis journaliste pour le magazine « Sept à huit » diffusé chaque dimanche sur TF1 et je prépare un reportage sur les jeunes diplômés précaires qui, après de longues recherches, se voient obligés d’accepter un emploi bien en-deçà de leurs qualifications faute de mieux.

Je cherche à faire le portrait de 2 ou 3 représentants de cette génération précaire, les suivre dans leur quotidien afin de comprendre leur parcours et leurs difficultés.

Si êtes vous même concernés ou si vous connaissez des gens concernés par cette situation, n’hésitez pas à faire tourner cet appel à témoins autour de vous !

Je suis joignable pour toute question par mail : ma.brucker oPo elephant-cie.com

Merci de votre aide.

Marie-Alix Brucker

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