Assistante de Fac, ma réponse à Barbier

@rrêt sur image | 22/03/2010 | forum d’article | Danette O’Choc
mercredi 24 mars 2010
par  antonin
17 votes

Dans l’émission Ligne j@une d’@rrêt sur image du 16 mars 2010, Christophe Barbier tient des propos sur les enseignants-chercheurs et la hiérarchie universitaire qui ont poussé une internaute, Danette O’Choc, à réagir sur le forum du site en réponse par un témoignage sur sa précarité à l’université.

Je suis assistante à la fac, j’y travaille depuis maintenant 6 ans c’est donc un milieu que je connais très bien.

Il n’y a pas plus hiérarchisé qu’une université.

L’autorité des professeurs agrégés s’y exerce presque sans partage et sans discernement sur les maîtres de conférence, qui eux abusent de leurs assistants (c’est moi ça) qui passent devant les allocataires de recherche - moniteurs, qui passent avant les allocataires de recherche n’ayant pas de monitorat, qui écrasent à leur tour les vacataires n’ayant qu’un statut bâtard (ils travaillent, en quelque sorte, à la pige, enfin à l’heure quoi).

L’assistant par exemple ne choisit pas les matières qu’il enseigne. Si vous faites du droit public et que vous êtes spécialisé en droit international général, on peut très bien vous coller l’enseignement des finances publiques, s’il n’y a personne d’autre pour le faire. Et même s’il y a quelqu’un d’ailleurs. Logique. Confortable. Qui demande pas du tout d’y passer ses nuits pendant toute la durée du semestre. Expérience personnelle.

On ne choisit pas non plus son emploi du temps : on peut vous coller un cours par jour. J’ai par exemple du faire 4 A/R Paris-XXX au premier semestre, avec mon salaire de merde. Évidemment c’est moi qui paye le TGV. Quand j’ai gueulé parce que je voulais regrouper sur deux jours, en mettant en avant le fait que ça allait me coûter 900 euros par mois (j’en gagne 1191), on m’a dit "c’est pas notre problème".

Ah bon.

Au sommet, un président d’université qui orchestre le tout dans la plus grande opacité. S’il aime le doyen de la faculté dans laquelle vous êtes, et si le doyen de votre faculté est doué pour la politique, alors vous travaillerez dans un environnement qui ne sera pas trop mal loti en termes de distribution des crédits allocation de postes (toujours en nombre insuffisant, en tous cas il n’y en a jamais là où il le faudrait).

Il n’y a pas d’univers plus compétitif et cruel, en termes d’évaluation.

Celle-ci prend plusieurs formes, elle s’exerce sous la forme d’une pression qui ne dit pas son nom, au plan administratif. Les postes de professeurs / maîtres de conf / assistant sont rares, les facs étant exsangues. Celui qui se fait bien voir a toutes les chances de rester. Il faut être pote avec le prof, pote avec le maître se conf, faire passer leurs examens à leur place, se taper les corrections de leurs copies, faire plein de merdes administratives qui prennent du temps sur la recherche et dégoûtent d’enseigner dans des conditions dégueulasses : pas de bureau, pas d’ordinateur, pas de téléphone, pas d’imprimante.

Ce qu’on attend de vous : être corvéable à merci et rendre les notes à l’heure. Voilà pour le plan administratif.

Sur le fond maintenant : les postes étant rarissimes, c’est la guerre des tranchées en termes de production scientifique. Tu publies pas t’es mort, (sauf si t’es pote avec le bon prof, cf. ma description ci-dessus, voir sur le sujet l’avant dernier billet posté par Pierre Jourde sur son blog, édifiant). Les profs se volent leurs idées d’articles entre eux. une soutenance de thèse ressemble à une boucherie, Judith pourrait je pense très bien vous en parler.

Aucune bienveillance, ni même de critique constructive. Pendant quatre heures, c’est un festival de cruauté gratuite, les profs défoulant sur le jeune doctorant toute la bile accumulée lors de leurs propres lynchages : "votre travail est bourré de coquilles (c’est à dire qu’il y à trois fautes d’orthographe) ; vos sources sont incomplètes, et fausses, c’est lamentable ! (entendez par là qu’au lieu de citer la dernière édition d’un manuel de référence vous avez cité l’avant dernière, oh mon dieu) ; vos démonstrations sont lacunaires, illustration d’un manque de rigueur total et d’une pensée vulgaire (un connecteur logique de type "donc" a été oublié à la page 327).

C’est assez, comme évaluation ? Vous en voulez davantage ?

Parce que si le doctorant devient docteur, il lui faut encore, pour prétendre enseigner à l’université publique, être qualifié "maître de conférences" par un collège de prof dont les critères de nomination sont aussi impénétrables que les voies du seigneur. Si vous êtes qualifié (45 qualif sur toute la france en droit public sur 450 candidatures, ah ah ah), il vous faut encore trouver un poste, 35 dispo en moyenne.

Dans l’intervalle, vous aurez passé 6 ans en moyenne sur une thèse de sciences humaines pour avoir toutes les chances de

  1. n’être pas qualifié
  2. l’être et ne pas trouver de poste
  3. trouver un poste à Pau quand vous êtes de Lille

    Cerise sur le gâteau :

  4. on vous paye 2300 euros par mois. Le pactole hein.

Ah ben ça si c’est pas de la récompense hein.

Faire 10 ans d’étude, travailler comme un chien dans la solitude la plus totale, prendre tous les risques accepter toutes les humiliations intellectuelles quand son cerveau, au bout d’un moment, c’est ce qu’on a de plus précieux (cf. la pauvreté des assistants déjà racontée sur un autre forum) pour au bout du compte n’être que très très rarement valorisé, la thèse n’étant pas souvent publiée (professeurs jaloux / éditions hors de prix qui veulent pas prendre de risques etc) et n’avoir pas de job garanti du tout du tout à la sortie, Barbier a raison, c’est indécent de privilèges.

Qu’il aille se faire f****e avec sa logique de m****e.

Et non, je ne caricature pas. Et non, je suis pas énervée. C’est bien au delà. Marre d’entendre de la merde sur les chercheurs. Marre marre marre !

Par Danette O’Choc, @sinaute


Sur le site d’arrêt sur image

Illustration : "Two Set Out in Dark Waters" par Ken Wong (sur www.deviantart.com)



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Brèves

Je gagne 1700 euro et j’avance 650 euro par mois pour les kilomètres

vendredi 22 novembre 2013

Bonjour,
Je travaille pour l’Éducation Nationale dans une structure très particulière, je me déplace sur 2 départements : je gagne 1700 euro par mois et je dois avancer TOUS LES frais ; je suis remboursé avec un décalage de 3 mois et sur une base SNCF ET évidemment j’utilise ma PROPRE voiture. Je suis évidemment contractuel depuis 2004 mais j’ai changé 3 fois d’académie, j’ai des "trous" dans mon état de service et donc je n’ai jamais pu être titularisé (ni en 2000 ni cette année).
[par Anonyme]

Montpellier Université : le temps des postes tirés au sort

lundi 3 octobre 2011

On l’appellera Françoise pour la protéger malgré sa cartouchière de diplômes correspondant à bac + 10. Trentenaire montpelliéraine, la jeune docteur en sociologie, spécialisée dans les institutions et l’administration, enseigne depuis deux ans dans les facs et lycées parisiens.

En 2010, elle est vacataire dans le supérieur et contractuelle dans l’Éducation nationale (option SES) en 2nde et 1ère. Pour cette rentrée, elle est certaine qu’un poste à mi-temps d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) lui est attribué par la commission scientifique universitaire. Pas la lune : 1 200 € par mois plus une prime annuelle sensiblement équivalente mais de quoi être rassurée quant à l’avenir immédiat et pouvoir poursuivre ses travaux de recherche.

Pour compléter l’enseignement aux étudiants, un autre mi-temps est confié à l’une de ses jeunes collègues. Françoise prépare ses cours pendant l’été, regagne Paris. On lui demande de démarrer en septembre, sans contrat. Et patatras.

La semaine dernière, la présidence de l’université décide d’un plein-temps. La commission scientifique tranche... par tirage au sort. Françoise reste sur le carreau. En remplacement, l’université lui propose des vacations. Payées en mars.

Sur le Web : Lire sur Midi Libre

Carcassonne. Le prof vacataire réclame son dû

lundi 27 juin 2011

[La Dépêche | 22/06/2011 | D.B.]

Dans une précédente édition nous relations la galère de Francis Campana, ce cadre au chômage, engagé par l’IUT de Perpignan pour donner 20 heures de cours à Carcassonne en octobre 2010. Depuis, il se bat pour se faire payer cette prestation, une facture qui n’a rien d’exorbitant, environ 1 000 euros brut. Le responsable de l’IUT, qui n’a par ailleurs pas souhaité s’exprimer sur le sujet, se bornait à préciser que son établissement n’est pas en droit de rémunérer des professeurs, même vacataires, au chômage, une situation que l’administration de l’IUT n’ignorait pourtant pas lors de la signature du contrat de prestation.

Malgré des lettres recommandées et de multiples interventions, la sollicitation du médiateur académique, Francis Campana n’a, à ce jour, toujours pas perçu sa rémunération. La seule avancée qu’il dit avoir obtenue, récemment, après plusieurs mois de relances, c’est une information bien sibylline du secrétariat de l’Université de Perpignan lui assurant « qu’une réponse est en cours de préparation et vous sera donnée par le médiateur académique ». (...)

Témoignage...

dimanche 15 mai 2011

Moi aussi je suis fatigué d’être contractuel dans l’académie d’Amiens en arts plastiques depuis 12 ans avec cette année.
Je viens de passer l’oral du capes mardi dernier à Tours pour la 7 ème fois, et je me suis encore planté et j’en veux au monde entier parce qu’à chaque fois à l’oral on remet en cause ma proposition de cours et le lendemain il faut faire cours comme si de rien n’était, j’ai 19.80 en notation administrative, l’inspecteur, après mon inspection a souhaité que je sois jury de bac en arts plast à l’oral, parce que j’avais de l’expérience.
C’était cette fois en 2005, et 1 semaine ensuite je retournais passer l’oral à Tours ...
Je suis souvent sur 2 établissements minimum quand c’est pas 3, pendant 7 ans je faisais environ 120 km pour aller travailler et 120 pour revenir...
Mais tout cela on s’en fiche, j’ai 38 ans et qu’ai- je fait de ma vie... Rien, la blaze...

Appel à témoins Jeunes précaires diplômés

vendredi 8 avril 2011

Je suis journaliste pour le magazine « Sept à huit » diffusé chaque dimanche sur TF1 et je prépare un reportage sur les jeunes diplômés précaires qui, après de longues recherches, se voient obligés d’accepter un emploi bien en-deçà de leurs qualifications faute de mieux.

Je cherche à faire le portrait de 2 ou 3 représentants de cette génération précaire, les suivre dans leur quotidien afin de comprendre leur parcours et leurs difficultés.

Si êtes vous même concernés ou si vous connaissez des gens concernés par cette situation, n’hésitez pas à faire tourner cet appel à témoins autour de vous !

Je suis joignable pour toute question par mail : ma.brucker oPo elephant-cie.com

Merci de votre aide.

Marie-Alix Brucker

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