Valérie Pécresse : "L’autonomie c’est la culture du résultat"

Metro | 16-09-2008 07:16
mercredi 17 septembre 2008
par  antonin
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Autonomie des universités, plan campus, orientation, bourses… A l’heure où les étudiants effectuent leur rentrée en ordre dispersé, la ministre de la Recherche et de l’Ensei­gnement supérieur, Valérie Pécresse, a dialogué pendant plus d’une heure avec les lecteurs de Métro.

Photo : N.Richoffer/Metro Philippe Reymond Avec la loi sur l’autonomie des universités, beaucoup crai­gnent qu’un fossé ne se creuse entre universités modernes, “vendables” — essentielle­ment parisiennes et scientifi­ques —, et universités tradi­tionnelles, plutôt littéraires et provinciales. Qu’en est-il aujourd’hui ? C’est tout le contraire qui se profile. Parmi les 20 universités pionnières dans l’autonomie on trouve Mulhou­se, La Rochelle, Limoges, Cler­mont-Ferrand, Saint-Etienne, Marne-la-Vallée, Cergy-Pontoise, Paris-VI et Paris-VII, des universités grandes et petites, littéraires et scientifiques. L’autonomie vise à faire entrer les universités dans une culture du résultat. Quelle est la qualité de votre formation ? Quelle est la qualité de votre recher­che ? Nous souhaitons voir émerger des pôles universitaires, en fonction des compétences des uns et des autres. Or en régions on peut avoir des pôles dynamiques, complètement adaptés à leur envi­ronnement. C’est le cas du pôle univer­si­taire de Brest qui a une spécialisation sur la mer. Ou du pôle d’Avignon qui est en train de développer un projet d’établissement sur la culture.

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De la même façon le plan campus bénéficiera-t-il autant aux universités parisiennes qu’aux universités de province ? Avec les 5 milliards de ce plan, nous disons : “Bâtissez-nous les campus du XXIe siècle !” Les métropoles régio­na­les tirent leur épingle du jeu puisque nos plans tou­chent désormais 29 universités dont Lyon, Montpellier, Grenoble, Toulouse, Aix-Marseille, la rive gauche parisienne, le pôle scien­tifi­que de Saclay, ou Au­be­rvil­liers qui sera un phare des sciences humaines et socia­les puisqu’il accueillera notamment l’École des hautes études en sciences sociales et l’École d’écono­mie de Paris. Soit un campus de rayonnement mondial à côté duquel je voudrais qu’on installe une cité internationale d’accueil de chercheurs.

Thierry Robin
Mon fils est en fac d’anglais à Sceaux, il redouble sa première année et, à la rentrée, on lui a proposé des cours payants en supplément. Est-ce normal ? Ce dispositif n’est pas illégal en soi. Il est facultatif et il s’ajoute à des enseigne­ments obligatoires pour tous les étudiants dans le cadre du plan licence. Lorsque je suis arrivée dans ce minis­tère, l’État dépensait chaque année 7 000 euros pour un étudiant de première année. En un an, cet investissement est passé à 8 000 euros. Si nous avons mis de l’argent sur la table, ce n’est pas pour que les étudiants paient en plus !

Philippe Reymond
De plus en plus d’étudiants doivent travailler pour payer leurs études. Qu’en pensez-vous ?
S’il est choisi, le travail étudiant est plutôt une bonne chose. Mais 15% des étudiants travaillent de manière très lourde. J’estime qu’au-delà d’un mi-temps, on n’est plus en situation de réussir ses études. C’est la raison pour laquelle nous avons fait un effort sur les bourses ainsi que sur les sources de revenus annexes, comme l’aide aux étudiants handicapés ou le tutorat. Enfin, le nouveau prêt étudiant prouve l’enga­gement de l’Etat aux côtés des jeunes qui ont un vrai projet.

Metro
Justement, ce prêt est très critiqué. En quoi est-il plus avantageux que les dispositifs existants ?
Il supprime une injustice fondamentale : aujourd’hui, les banques prêtent prioritairement aux étudiants des grandes écoles et à ceux qui peuvent se prévaloir d’une caution. Le prêt OSEO est sans condition de ressour­ces, sans caution person­nelle, avec un taux légère­ment inférieur àà celui du marché. L’étudiant a également la possibilité de rembourser son emprunt jusqu’à dix ans après l’avoir contracté.
Cela est essentiel, car l’année où l’on commen­ce à travailler, on a beaucoup de charges à payer. Cela ne se fait évidemment pas au détriment des aides sociales, qui ont augmenté de 5% pour les étudiants boursiers et de 10% pour les étudiants les plus défavorisés en deux ans.

Mathilde Mereau
Il est difficile pour les étudiants de gérer leurs dépenses de vie quotidienne quand les bourses tombent de manière irrégulière... ça, ce n’est pas normal. L’an dernier, l’augmentation de certaines bourses a provoqué un bug informatique ; du coup, les étudiants ont été payés avec retard. C’est inadmissible : il faut que le service public change d’approche et se mette du côté des usagers. Aujourd’hui nous avons traité 80% des dossiers de boursiers et assuré la mise en paiement du premier mois pour 40% d’entre eux. Notre objectif est d’arriver à 60% au 1er octobre...

Louis de Nazelle
Les chercheurs sont nombreux à partir à l’étranger, faute de rémunération décente. Que comptez-vous faire ? Nous versons désormais 1 980 euros d’allocation de recherche aux thésards, soit une augmentation de 16% par rapport à l’année dernière. Cette année, nous allons travailler sur les débuts de carrière des enseignants, car il nous faut rendre le métier plus attrayant, c’est une priorité. Je veux également que chaque allocataire de recherche qui le souhaite puisse avoir un poste de monitorat pour compléter ses revenus.Par ailleurs, avec l’auto­nomie, les universités pourront recruter des chercheurs de l’étranger avec des salai­res plus élevés que ceux de la fonction publique.

Claire Abrieux
Moi, mon directeur de mémoire n’a pas le temps de s’occuper de mes recherches car il a trop d’étudiants…
Le problème tient à ce que l’on rémunère les ensei­gnants chercheurs au nombre d’heures de cours et non selon leur engagement pédagogique. Nous mettons aujourd’hui en place la possibilité de rémunérer en heures complémentaires l’investissement pédago­gique des enseignants chercheurs. C’est pourquoi j’ai demandé aux universités qui le souhaitent de créer des postes de professeur référent pour les étudiants en 1re année de licence. Des professeurs à qui ils pourront poser toutes les questions qui les tracassent. Au niveau des thèses, une charte de l’enseignant de thèse a été mise en place, afin de limiter le nombre d’étudiants dirigés. Un professeur n’est pas rémunéré davantage quand il dirige plus de cinq étudiants.

Mathilde Mereau
Dans le plan licence, vous proposez d’élargir le champ des enseignements en rajoutant des heures complémentaires. N’aurait-il pas mieux valu renforcer l’enseignement en terminale et améliorer les conditions de l’orientation ?
La première année de licence n’est pas une super-terminale mais une année qui permet de consolider ses acquis à la fois en lettres, en mathématiques et en langue. En plus de leur matière majoritaire, les étudiants ont besoin de s’ouvrir à d’autres enseignements, afin d’avoir accès à une palette de métiers élargie. Au lycée, je pense que nous devons accentuer l’orientation dès la seconde. C’est pourquoi nous avons mis au point un portail Internet dans douze académies sur trente qui permet aux élèves de recevoir un avis des professeurs sur leurs choix d’orientation. Il sera bientôt proposé par l’ensemble des académies pour toutes les formations. Nous devons également ouvrir davantage les BTS et les IUT aux élèves des filières technologiques.

Claire Abrieux
L’orientation, c’est un vrai casse-tête. Moi, quand je suis entrée en philo, c’était pour être prof. Mais l’Education nationale recrute chaque année moins d’enseignants dans cette discipline. Quels seront mes débouchés ?
Je pense qu’avec un master de philosophie on devrait pouvoir faire tous les métiers, comme c’est le cas partout ailleurs. Car ce qui compte, c’est la qualité de la formation intellectuelle. Ce qu’on peut reprocher à l’université aujourd’hui, c’est de ne pas mieux vous avoir accompagnée dans votre orientation, en vous ouvrant à des métiers où l’on a besoin de philosophes. Je pense à la communication, mais il y en a beaucoup d’autres. C’est pour cette raison que je souhaite qu’en licence, on ouvre les champs de métiers, y compris avec des stages.

Metro
Vous annoncez 150 000 créa­tions de logements alors qu’il y a en France 2 millions d’étudiants : est-ce vraiment suffisant ?
L’erreur historique a été de concevoir l’université com­me un lieu d’enseignement et pas comme un lieu de vie, à la différence des autres pays européens. Le problè­me, c’est le manque de terrains et la complexité administrative. Quand le ministère de la Défense a libéré des casernes, j’ai saisi cette occasion pour créer des logements étudiants. Je crois en effet qu’être étudiant, c’est prendre son autonomie par rapport à ses parents.


L’article originial sur le site "metrofrance.com"


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Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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