Le CNRS, bientôt un holding d’instituts ?

Les échos.fr | 15.09.2008
mardi 16 septembre 2008
par  antonin

Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) - 2,8 milliards d’euros de budget annuel - se réorganise pour améliorer sa visibilité internationale.

JPEG - 33.5 ko Quel est le bon périmètre pour le Centre national de la recherche scientifique ? Depuis une quinzaine d’années, tous les ministres de la Recherche se sont heurtés à cette question. Tous ont reculé face aux menaces des syndicats et des chercheurs agitant un chiffon rouge redoutable : « non au démantèlement du CNRS ». Cette fois, il va falloir trancher. La loi sur l’autonomie des universités (LRU) leur donne le devoir de s’affranchir de la tutelle du grand-frère de la Rue Michel-Ange. Pour l’instant, il n’y a pas le feu. Une dizaine d’universités dispose des compétences et de l’ambition pour se frotter à la concurrence internationale, s’orienter dans le dédale des agences de moyens et décider d’une politique scientifique digne de ce nom. Elles sont bien identifiées. Prés de 80 % des collaborations extérieures du CNRS se font avec moins de 15 universités. Pour nombre d’experts qui misent sur l’excellence, ce nombre de partenaires devrait plutôt diminuer qu’augmenter.

Le Centre pilote actuellement 1.190 unités et tout le monde s’accorde à dire que c’est trop. En fait, nombre de ces unités ont été créées dans une logique d’aménagement du territoire plus que dans une volonté de recherche de qualité. Sur ce point, le rapport Attali est très clair : « Le CNRS doit se concentrer sur ses laboratoires propres et réduire, sérieusement, des unités mixtes afin d’éviter l’émiettement. » La présidente Catherine Bréchignac, qui se déclare partisane d’une recherche élitiste, va donc devoir faire le ménage. Mais l’intérêt national et la logique régionale sont souvent contradictoires. Peu d’élus seront d’accord pour gommer le « label CNRS » qui conserve un fort pouvoir d’attraction dans le tissus universitaire. « Notre mission doit être nationale et nous devons développer notre politique de travail en réseaux avec les organisations internationales. »

En attendant, la présidente se concentre sur la politique scientifique. « Le rapport qui dresse l’état des lieux dans tous les laboratoires est terminé. » Les priorités retenues sont les mathématiques, les sciences de la cognition, la planète Terre et l’environnement, et les nanotechnologies. Mais la grande réorganisation imaginée sonne comme un tremblement de terre : « Nous envisageons de devenir un holding d’instituts », précise Catherine Bréchignac. Ce schéma, construit sur le modèle des structures déjà existantes (Insu et IN2P3), couvrira de nouveaux domaines, en ménageant des passages pour favoriser les programmes interdisciplinaires. L’Insu devrait être coupé en deux pour donner plus de visibilité aux recherches sur la « planète Terre », et le développement durable accéder au rang de discipline première.

Le chantier de l’évaluation

Pour les sciences de la vie, dont le nouveau directeur doit arriver le 1er avril, les changements dépendent en grande partie de la réorganisation en cours à l’Inserm. «  Nous allons redéfinir les contours de ce département et travailler en relations plus structurées avec l’Inserm. » De son côté, le centre dirigé par André Syrota va créer, lui aussi, des instituts spécialisés dans les grandes pathologies qui auront une forte visibilité. En résumé, la biologie fondamentale reste au CNRS et l’Inserm s’occupe des malades. « Il est important de bien délimiter les frontières et se fixer des objectifs communs. »

Au-delà de ces rectifications de frontière, le gros chantier du moment concerne l’évaluation des chercheurs et des unités. A l’Elysée, les conseillers de Nicolas Sarkozy considèrent que le CNRS ne joue pas le jeu. « Il n’est pas normal que le Comité national de la recherche publie, quelques jours avant l’arrivée de l’Aeres (*), ses propres évaluations des équipes », indique Bernard Belloc. L’ancien président de l’université de Toulouse souhaite également une meilleure transparence du système d’évaluation des chercheurs français. « Les contribuables ont le droit de savoir que telle équipe publie tant d’articles dans des revues de premier rang et que telle autre ne le fait pas. »

A ces critiques, Catherine Bréchignac répond simplement que le Comité national de la recherche scientifique joue son rôle. « La moitié des membres du Comité national est élue et le reste est désigné par le ministère. Si on trouve que cela fait double emploi avec l’Aeres, je n’y peux rien. Le Comité national est là et, en général, il fait du bon travail. J’ai besoin d’évaluation des chercheurs et des équipes et je suis simplement cliente de ces organismes. »

Au ministère de la Recherche, Valérie Pécresse estime avoir aujourd’hui une idée claire de ce qu’il faut faire. « 2008 est une année cruciale et la mise en place de l’Aeres est un enjeu majeur pour toute la recherche française. Les organismes et les universités doivent se mettre à l’heure de l’évaluation indépendante et c’est un profond changement de mentalité. » De ce point de vue, une grande première : l’évaluation de l’Inserm par un organisme étranger. L’efficacité de l’institut spécialisé dans la recherche médicale va être mesurée par ce qui se fait de mieux dans le monde : les NIH américains. Ce réseau est dirigé par un médecin algérien francophone, Elias Zerhouni (lire « Les Echos » du 28 novembre 2007). Pour la ministre, cette internationalisation doit devenir la norme. «  Le CNRS doit se mettre à l’heure de l’évaluation indépendante, explique-t-elle. C’est une condition de sa crédibilité. C’est aussi une condition nécessaire pour trouver un bon équilibre entre les financements sur projet et les crédits récurrents. » Le problème de la relève

Vue de la Rue Descartes, l’année 2008 est doublement stratégique. Le démarrage de l’Aeres est complété par la signature des contrats de plan quadriennaux entre l’Inserm, l’ANR et le CNRS. « Nous allons donner des impulsions majeures, ajoute Valérie Pécresse. Pour cela les organismes doivent avoir une stratégie scientifique claire et compatible avec les objectifs nationaux. Le CNRS doit avoir une plus grande lisibilité de sa gestion par rapport à son activité scientifique. Un rapport de la Cour des comptes, qui sera publié prochainement, décrit une situation bien connue. » Selon la ministre, le grand défi à venir est démographique. « Dans les dix ans qui viennent, 50 % des effectifs du CNRS va partir à la retraite. En tant qu’autorité de tutelle, j’ai besoin de savoir comment le CNRS se projette dans l’avenir et quels sont ses objectifs prévisionnels de recrutement à cinq et dix ans dans chaque discipline. J’aimerais que l’on me dise « voilà les effectifs idéaux que je souhaiterais avoir pour chaque discipline ». Pour cela, il faut bâtir des scénarios et me dire où sont les besoins de recrutement prioritaires. » Pour la ministre, le diagnostic est simple : « L’évaluation n’est pas un outil de sanction mais de pilotage. Quand on demande des emplois qui correspondent aux priorités nationales, on les a. »

ALAIN PEREZ

(*) Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur.


L’article original sur le site


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Brèves

Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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