CNRS : Catherine Bréchignac limoge la directrice des Sciences humaines et sociales

Libération | 02/09/08
jeudi 4 septembre 2008
par  antonin

CNRS Nouvelle étape de la crise au CNRS : hier, Marie-Françoise Courel, la directrice du département SHS - sciences humaines et sociales - annonçait son limogeage par la présidente du Cnrs, Catherine Bréchignac. Annonce faite lors d’une réunion des directeurs de laboratoires de la région Provence/Corse qui devait discuter... de la création du futur Institut National des SHS, dans le cadre de la réforme du Cnrs censée entrer en vigueur le 1er janvier 2009.

Manifestement surprise, ébranlée même, Marie-Françoise Courel n’a pas donné d’explication crédible aux directeurs de laboratoires de cette décision brutale. Celle donnée par son successeur, le médiéviste Bruno Laurioux, illico nommé "directeur par intérim" - elle aurait été atteinte par la limite d’âge - ne tient pas, surtout si l’on songe que ce mandat devait de toute façon prendre fin avec la mise sur pied de l’Institut, dans quatre mois, comme convenu avec la direction du Cnrs pas plus tard qu’en... juillet dernier. Immédiatement, tous les directeurs scientifiques adjoints du département ont présenté leur démission "par solidarité"... tous sauf un... Bruno Laurioux.

Ce matin, la direction du Cnrs annonce cette nomination, ainsi que celle d’un comité de sélection, présidé par l’historien Marc Fumaroli chargé de proposer un nouveau "directeur scientifique pour les Sciences humaines et sociales". Mais il ne s’agit pas d’un simple problème de direction, manifestement le fond de cette nouvelle affaire réside dans la place future des SHS au Cnrs.

Pour Philippe Blache, directeur du laboratoire Parole et Langage (Aix-Marseille), ce limogeage pourrait préparer une issue "catastrophique pour la recherche" du débat sur l’avenir des sciences humaines et sociales au Cnrs.

Depuis que Valérie Pécresse est en charge du ministère de la recherche, la place des SHS au Cnrs fait l’objet d’un combat, ouvert ou souterrain. Le cabinet du ministère n’a pas vraiment fait mystère de ses intentions. Avec la loi LRU, et la décision de ne plus augmenter, voire de diminuer comme le budget 2009 le montrera probablement, le nombre de chercheurs des organismes de recherche, il faudrait organiser le "transfert" des SHS aux universités.

Une volonté qui s’inscrit dans une perspective du démantèlement du Cnrs comme organisme pluridisciplinaire, couvrant l’ensemble de la recherche, au profit d’Instituts spécialisés, dénués d’une direction commune effectuant des arbitrages en allocations des ressources, et organisant les actions de recherches transversales, entre les différents champs scientifiques.

Pour Philippe Blache, l’enjeu est clair : "Si le Cnrs perd son caractère pluridisciplinaire, il n’a plus de raison d’être, et on se retrouvera avec des Instituts disciplinaires cloisonnés". Une logique qui lui semble à rebours de l’évolution de la science, à l’image de son laboratoire où "des spécialistes du langage travailllent avec des informaticiens et des biologistes". Il n’a échappé à personne qu’un tel dispositif permet en outre au pouvoir politique de saper une structure qui a souvent permis un minimum d’autonomie du milieu scientifique vis-à-vis des gouvernements.

Après la biologie et l’informatique, les SHS sont donc ciblées. Marie-Françoise Courel avait en effet engagé une concertation avec les directeurs de laboratoires, afin d’aboutir à une proposition d’Institut National des SHS conservant le périmètre du Cnrs et améliorant son fonctionnement. L’arrêt brutal du processus montre que le gouvernement, et s’inquiète maintenant Philippe Blache, avec l’appui de la direction du Cnrs, n’entend pas négocier la future place des SHS mais imposer son point de vue. Dans ce cadre, décapiter les SHS, puisque Bruno Laurioux n’aura manifestement d’autre fonction que de signer les bons de commande, prive les scientifiques d’un représentation auprès de la direction du Cnrs et du gouvernement, et relève d’une bonne tactique. Déjà, une pétition de directeurs de labos des SHS circule pour protester contre cette décision.

La suite de l’histoire est ici. Avec les versions de Catherine Bréchignac et Marie-Françoise Courrel ainsi que le texte du projet d’Institut.

Sylvestre Huet


L’article d’origine sur Libération.fr


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Brèves

Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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