Nominations à l’université : le cri d’alarme d’un chercheur lyonnais

Lyon Captital | par Antoine Sillières | 28/12/2017
lundi 13 février 2017
par  antonin
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Alors que le tribunal administratif vient de reconnaître que sa candidature à un poste de professeur à Sciences Po Lyon avait été écartée de manière irrégulière, Fabrice Balanche tire la sonnette d’alarme sur les processus de nomination à l’université.

Il était "sûr d’avoir ce poste". "Mais, dans le jury, il y avait deux directeurs de thèse qui voulaient placer leur poulain". Enseignant à l’université Lyon 2, Fabrice Balanche postule en novembre 2014 à un poste de maître de conférences à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon. Sa candidature ne sera pas retenue. Incompréhensible pour lui, au vu de ses compétences, qui collent parfaitement au poste. D’autant que le jury aurait écarté sa candidature sur une excuse fumeuse. "Ils m’ont envoyé un mail le soir en disant qu’au vu de mes compétences je ne resterais pas à Lyon longtemps", raconte-t-il.

Fabrice Balanche dépose un recours auprès du tribunal administratif. Pas assez pour enrayer la procédure. Le chercheur reproche d’ailleurs au ministère de l’Éducation nationale d’avoir "soutenu le mémoire de défense de l’IEP au lieu de suspendre le processus de nomination". Deux ans plus tard, le tribunal administratif vient de lui donner raison en annulant la nomination du professeur en poste. Le jugement souligne une "erreur manifeste d’appréciation" du jury dans le processus de nomination.

“Moi je voterai pour mon étudiant”

L’occasion pour le chercheur aujourd’hui en disponibilité auprès d’un think tank à Washington de tirer la sonnette d’alarme quant aux processus de nomination à l’université. "Quand vous êtes jeune doctorant et que vous attendez un poste, vous fermez votre gueule, mais à 45 ans j’ai eu envie de dire : ça suffit !" explique celui qui évoque ses convictions politiques et ses analyses sur la crise syrienne comme de possibles freins à sa nomination.

"Ce genre de pratiques est très courant, et c’est même de pire en pire car la loi Pécresse sur l’organisation du recrutement a été complètement dévoyée par un système clientéliste, népotique et localiste", tonne le chercheur. Pour chaque recrutement, une commission ad hoc est constituée par le président du jury, lui-même désigné par le conseil d’administration de l’établissement. Le président est censé réunir les ténors de la discipline. "Or, les commissions ne sont pas constituées pour recruter le spécialiste de la discipline mais pour recruter une personne précise", selon Fabrice Balanche.

"Dans certaines universités, on crée même des postes sur mesure", raconte le chercheur. "Tout marche par copinage. Le processus est complètement bidonné", avance-t-il. Juste avant l’audition de Fabrice Balanche, un membre du jury lui aurait ainsi confié qu’il voterait pour "son étudiant". Un système qui dégoûte bien des chercheurs, à en croire Fabrice Balanche : "Quand on parle avec des chercheurs français ici aux États-Unis, on se rend compte que cela engendre une véritable fuite des universitaires français. C’est du gâchis."

par Antoine Sillières


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Crédit photo : © Anaximandre de Carie sous licence Creative Commons Sciences Po Lyon (centre Berthelot).



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Brèves

Je gagne 1700 euro et j’avance 650 euro par mois pour les kilomètres

vendredi 22 novembre 2013

Bonjour,
Je travaille pour l’Éducation Nationale dans une structure très particulière, je me déplace sur 2 départements : je gagne 1700 euro par mois et je dois avancer TOUS LES frais ; je suis remboursé avec un décalage de 3 mois et sur une base SNCF ET évidemment j’utilise ma PROPRE voiture. Je suis évidemment contractuel depuis 2004 mais j’ai changé 3 fois d’académie, j’ai des "trous" dans mon état de service et donc je n’ai jamais pu être titularisé (ni en 2000 ni cette année).
[par Anonyme]

Montpellier Université : le temps des postes tirés au sort

lundi 3 octobre 2011

On l’appellera Françoise pour la protéger malgré sa cartouchière de diplômes correspondant à bac + 10. Trentenaire montpelliéraine, la jeune docteur en sociologie, spécialisée dans les institutions et l’administration, enseigne depuis deux ans dans les facs et lycées parisiens.

En 2010, elle est vacataire dans le supérieur et contractuelle dans l’Éducation nationale (option SES) en 2nde et 1ère. Pour cette rentrée, elle est certaine qu’un poste à mi-temps d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) lui est attribué par la commission scientifique universitaire. Pas la lune : 1 200 € par mois plus une prime annuelle sensiblement équivalente mais de quoi être rassurée quant à l’avenir immédiat et pouvoir poursuivre ses travaux de recherche.

Pour compléter l’enseignement aux étudiants, un autre mi-temps est confié à l’une de ses jeunes collègues. Françoise prépare ses cours pendant l’été, regagne Paris. On lui demande de démarrer en septembre, sans contrat. Et patatras.

La semaine dernière, la présidence de l’université décide d’un plein-temps. La commission scientifique tranche... par tirage au sort. Françoise reste sur le carreau. En remplacement, l’université lui propose des vacations. Payées en mars.

Sur le Web : Lire sur Midi Libre

Carcassonne. Le prof vacataire réclame son dû

lundi 27 juin 2011

[La Dépêche | 22/06/2011 | D.B.]

Dans une précédente édition nous relations la galère de Francis Campana, ce cadre au chômage, engagé par l’IUT de Perpignan pour donner 20 heures de cours à Carcassonne en octobre 2010. Depuis, il se bat pour se faire payer cette prestation, une facture qui n’a rien d’exorbitant, environ 1 000 euros brut. Le responsable de l’IUT, qui n’a par ailleurs pas souhaité s’exprimer sur le sujet, se bornait à préciser que son établissement n’est pas en droit de rémunérer des professeurs, même vacataires, au chômage, une situation que l’administration de l’IUT n’ignorait pourtant pas lors de la signature du contrat de prestation.

Malgré des lettres recommandées et de multiples interventions, la sollicitation du médiateur académique, Francis Campana n’a, à ce jour, toujours pas perçu sa rémunération. La seule avancée qu’il dit avoir obtenue, récemment, après plusieurs mois de relances, c’est une information bien sibylline du secrétariat de l’Université de Perpignan lui assurant « qu’une réponse est en cours de préparation et vous sera donnée par le médiateur académique ». (...)

Témoignage...

dimanche 15 mai 2011

Moi aussi je suis fatigué d’être contractuel dans l’académie d’Amiens en arts plastiques depuis 12 ans avec cette année.
Je viens de passer l’oral du capes mardi dernier à Tours pour la 7 ème fois, et je me suis encore planté et j’en veux au monde entier parce qu’à chaque fois à l’oral on remet en cause ma proposition de cours et le lendemain il faut faire cours comme si de rien n’était, j’ai 19.80 en notation administrative, l’inspecteur, après mon inspection a souhaité que je sois jury de bac en arts plast à l’oral, parce que j’avais de l’expérience.
C’était cette fois en 2005, et 1 semaine ensuite je retournais passer l’oral à Tours ...
Je suis souvent sur 2 établissements minimum quand c’est pas 3, pendant 7 ans je faisais environ 120 km pour aller travailler et 120 pour revenir...
Mais tout cela on s’en fiche, j’ai 38 ans et qu’ai- je fait de ma vie... Rien, la blaze...

Appel à témoins Jeunes précaires diplômés

vendredi 8 avril 2011

Je suis journaliste pour le magazine « Sept à huit » diffusé chaque dimanche sur TF1 et je prépare un reportage sur les jeunes diplômés précaires qui, après de longues recherches, se voient obligés d’accepter un emploi bien en-deçà de leurs qualifications faute de mieux.

Je cherche à faire le portrait de 2 ou 3 représentants de cette génération précaire, les suivre dans leur quotidien afin de comprendre leur parcours et leurs difficultés.

Si êtes vous même concernés ou si vous connaissez des gens concernés par cette situation, n’hésitez pas à faire tourner cet appel à témoins autour de vous !

Je suis joignable pour toute question par mail : ma.brucker oPo elephant-cie.com

Merci de votre aide.

Marie-Alix Brucker

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