Quand la nouvelle génération de chercheurs français passe son temps à Pôle emploi et en contrats précaires

Basta ! | 19 décembre 2016 | par Kévin Trublet
dimanche 8 janvier 2017
par  antonin
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La France compte environ 60 000 doctorants : de jeunes chercheurs qui travaillent pendant plusieurs années à une thèse, en biologie, en sciences politiques, en mathématiques ou en droit. Mais leur avenir et celui de leur travail de recherche sont compromis : une grande précarité règne. Nombre d’entre-eux s’inscrivent à Pôle emploi pour terminer leur thèse, d’autres enchaînent des vacations sous-payées. Certains deviennent même auto-entrepreneurs et quelques uns rejoignent des laboratoires de recherche à l’étranger… Une situation qui handicape lourdement la qualité de la recherche et de l’innovation française. Rencontre avec ces forçats de la science.

« Ma situation est cauchemardesque », lâche Marie [1], en guise d’avertissement, dès le début de l’entretien. Après une thèse en sciences humaines qui s’est étalée sur dix ans, Marie est aujourd’hui au chômage depuis près d’un an et touche l’équivalent du RSA. Une situation qu’elle vit très mal : « Ce sont mes parents qui me logent. À 35 ans, c’est l’horreur, c’est humiliant ! »

Pour comprendre sa situation, il faut revenir sur le fonctionnement du recrutement des enseignants-chercheurs, véritable « parcours du combattant ». Chaque année, au début du printemps, une campagne de recrutement est organisée. Elle est ouverte à tous les docteurs qui ont reçu la qualification du Conseil national des universités (CNU), une qualification valable quatre ans. « En science politique, chaque année le CNU qualifie entre 100 et 150 docteurs. Sur quatre ans, cela représente plus de 500 personnes qui peuvent prétendre à un poste d’enseignant-chercheur pour une moyenne de 10 à 12 offres d’emploi… », résume Camille, chercheur lui aussi, pour illustrer l’ampleur de la concurrence.

 « En biologie, il est conseillé de travailler aux États-Unis ou au Canada »

Camille a 35 ans. Il a terminé sa thèse il y a quatre ans. Comme beaucoup, il enchaîne les CDD dans la recherche, appelés « post-doc », en espérant finir par décrocher une titularisation. Il n’a jamais obtenu un contrat supérieur à un an et a connu plusieurs périodes de chômage. Quand il travaille, Camille gagne entre 1600 et 2000 euros nets. Entre deux CDD, Pôle emploi prend le relais. Selon une étude parue en 2010 [2], 70% des docteurs non-titulaires ont connu au moins trois contrats sur les cinq dernières années et un quart a connu une période de chômage de plus d’un an.

Cette multiplication des contrats courts entraîne une instabilité géographique et freine la possibilité de se projeter. « Généralement, cela signifie changer de ville voire de pays, explique Léa qui a étudié la virologie et préféré ne pas poursuivre dans l’enseignement supérieur et la recherche après son doctorat. En biologie, il est conseillé de travailler aux États-Unis ou au Canada après sa thèse. Mon compagnon avait un CDI dans le sud de la France. Dès lors, deux possibilités se présentaient : accepter de ne plus se voir pendant de longues périodes ou que mon conjoint abandonne son CDI pour me suivre. À 25 ans, j’ai fait le choix de me poser. »

 « Un tiers de mon temps de chercheur à postuler à des offres »

La généralisation des emplois précaires à travers la multiplication des « post-doc » s’explique par la manière dont est financée la recherche depuis une dizaine d’années. Créée en 2005, l’Agence nationale de la recherche (ANR) est chargée du financement des laboratoires à travers des appels à projets. Finis les budgets constants, place à la compétition scientifique. Les financements deviennent incertains et si financement il y a, le recrutement se fait par CDD, le temps du projet. Un modèle censé créer de l’émulation entre laboratoires et chercheurs mais qui handicape la recherche à cause de l’incertitude qu’il provoque. « Lorsque je suis sur un contrat précaire, je peux passer un tiers de mon temps à postuler à des offres, témoigne Julien, docteur en anthropologie. Être précaire dans l’enseignement supérieur, signifie postuler à tout, partout et tout le temps. »

Héloïse, elle, a terminé sa thèse en science politique il y a dix mois et cherche actuellement du travail. En parallèle, elle écrit des publications pour des revues scientifiques. « J’ai du mal à avancer, à me concentrer. Cette situation me stresse. Parfois, je me réveille avec la boule au ventre. » Héloïse vit avec son compagnon qui fait une thèse et a un petit boulot à côté. Comme il gagne un peu plus de 600 euros, elle n’a pas le droit au RSA. Avec les aides au logement, ils vivent à deux avec 1000 euros par mois. Leur loyer leur coûte 600 euros pour 20 m² !

La publication sur laquelle elle planche ne lui rapporte pas un centime. En France, ce travail n’est jamais rémunéré autrement que par une mention sur le CV. « Mais c’est fondamental, explique Héloïse. C’est là-dessus que les candidats pour des postes dans la recherche sont évalués. » Un système qui peut encourager à faire du « remplissage de CV » selon Camille. « Il arrive que des chercheurs envoient des articles pas terribles à des revues pas terribles dans le but de rajouter une ligne sur leur CV et d’élargir leur domaine de compétence. »

 « Cela pousse au conformisme dans le choix des sujets de thèse »

Pour Sophie Duchesne-Guilluy, directrice de recherche au CNRS, cet état de fait est catastrophique pour la recherche : « Cela limite la prise de risque et pousse au conformisme dans le choix des sujets de thèse, alors qu’au contraire, il faudrait encourager l’audace car c’est cela qui amène des résultats. » Si la situation se détériore depuis une quinzaine d’années, de l’avis de tous, aucune évolution n’a eu lieu durant le dernier quinquennat. Le pouvoir s’est peu préoccupé du manque de moyens dans l’enseignement supérieur et la recherche, si ce n’est une hausse prévue de 850 millions d’euros dans le budget de l’État pour 2017, hausse bienvenue mais jugée insuffisante.

Dans de nombreux cas, la précarité se présente bien avant la fin du doctorat. Un financement de thèse, pour ceux qui arrivent à en obtenir un, dure trois ans. Dans les faits, c’est insuffisant, notamment dans les sciences humaines où finir en trois ans peut même être mal vu par un jury. La moyenne se situe entre cinq et sept ans comme cela a été le cas pour Héloïse (toutes sciences confondues, la moyenne pour réaliser une thèse se situe entre quatre et cinq ans). Sa thèse a duré cinq ans dont deux en touchant l’allocation chômage « avec toutes les incertitudes que cela amène car officiellement j’avais le statut d’étudiante ».

 De la case Pôle emploi à la case enseignement à temps partiel

Une pratique très courante et même encouragée : « Je me souviens d’un professeur qui disait qu’en règle générale, un doctorat, c’était trois ans de financement, deux ans de chômage payés par Pôle emploi et deux ans en tant qu’Ater », résume Marie. Ater, pour attaché temporaire d’enseignement et de recherche. Parfois à temps partiel, de plus en plus souvent à plein temps, ce statut permet à des doctorants, qui ne sont pas ou plus financés, d’enseigner quelques heures par semaine, en échange d’un salaire. L’avantage est double : laisser du temps pour avancer sur la thèse et tenter une première expérience dans l’enseignement. Mais les contreparties sont parfois lourdes.

Si les postes à temps partiels sont officiellement recommandés par le ministère pour les doctorants [3], ils sont de plus en plus remplacés par des postes à temps-plein par les universités. Marie a ainsi été Ater à temps-plein pendant deux ans et n’a quasiment pas pu travailler sa thèse durant cette période. « Entre les cours qu’il faut donner, leur préparation, les réponses aux étudiants, la correction des copies, cela laisse peu de temps pour travailler efficacement sa thèse. Sauf à dormir quatre heures par nuit et à travailler sept jours sur sept », raconte-t-elle. Pour que ses étudiants puissent pleinement bénéficier de ses cours, elle s’est arrangée pour organiser l’examen final sur un autre créneau horaire. Résultat : des heures supplémentaires, non payées car officiellement interdites pour les Ater.

 De la case vacation à la case auto-entrepreneur

Cette nécessité de décrocher un poste comme Ater, par obligation financière, peut même avoir des conséquences néfastes sur l’enseignement. Il n’est ainsi pas rare de rencontrer des professeurs chargés d’un cours très éloigné de leur domaine de compétence. Malgré ces défauts, ce statut reste le plus avantageux mais est limité à deux ans. La plupart des docteurs ayant utilisé cette possibilité durant leur doctorat, une fois leur diplôme obtenu, il faut passer par la case vacation.

Une vacation, c’est une mission payée à l’heure ou à la journée de travail. Normalement prévue pour faire face à un besoin ponctuel, les universités en ont fait un instrument de compression de leur masse salariale. Pas de congés payés, pas de chômage, pas d’assurance-maladie : la vacation est tellement peu protectrice qu’officiellement, il faut pouvoir prétendre à une autre source de revenus pour en effectuer. Pour ceux qui n’ont pas cette possibilité, la gruge devient un système. « Il suffit d’avoir un chef d’entreprise dans sa famille et il vous fait un faux contrat de travail, c’est courant », explique Camille. Autre solution, légale cette fois-ci : être auto-entrepreneur depuis au moins 3 ans.

 Payé avec un an de retard

Ce qui n’est pas le cas de Marie. « Aujourd’hui, j’en suis réduite à chercher presque n’importe quel travail pour pouvoir effectuer des vacations. » Une situation qui la fait enrager : « Je sais qu’il existe aussi une possibilité d’être embauchée comme enseignant contractuel en CDD mais les universités font comme si elles n’étaient pas au courant et pratiquent massivement la vacation. » Une pratique illégale selon Mohamed Boukheloua, avocat en droit administratif : « Les vacations existent pour des missions ponctuelles. Si elles sont amenées à durer, elles doivent être requalifiées en contrat à durée déterminée. Dans un arrêt datant du 15 janvier 1997, le Conseil d’État a requalifié l’emploi d’un agent vacataire qui occupait en réalité un emploi permanent d’agent contractuel. » Mais comment aller devant la justice quand cela revient à se « faire griller dans le milieu », pointent plusieurs docteurs précaires qui reconnaissent « s’écraser pour avoir du travail ».

Le collectif des travailleurs précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche, né au printemps dernier, estime que les heures de vacations représentent l’équivalent de 12 000 postes à temps plein en prenant aussi en compte le personnel administratif et technique. Chiffre impossible à vérifier faute de données précises et disponibles. Ce qui est certain, c’est que leur nombre a explosé ces dernières années, afin de faire face à l’afflux toujours croissant d’étudiants, tout en limitant l’embauche de personnel supplémentaire.

Camille, lui, a toujours fait des vacations en parallèle de ses CDD. « C’est un plus, on n’en vit pas », précise-t-il. Surtout, il faut être patient, car le paiement intervient souvent après plusieurs mois, voire après un an, tellement le processus administratif est engorgé. Ainsi, pour les 8 à 10 heures de cours qu’il donne actuellement par semaine, Camille ne s’attend pas à être payé avant octobre 2017. « Là aussi il s’agit d’une situation anormale, déclare Mohamed Boukheloua. Il n’y a aucune raison qu’un établissement public ne paie pas son agent à l’issue du service rendu, et ce, de manière mensuelle. »

 Se réorienter ? « Un doctorat n’est pas reconnu »

Dans ces conditions, certains cherchent à travailler ailleurs, mais se réorienter n’est pas une mince affaire. Après sa thèse, Marie a voulu sortir du milieu universitaire. Elle s’est tournée vers le privé et a décroché plusieurs entretiens d’embauche qui lui laissent un souvenir amer. « Les recruteurs faisaient comme si je n’avais aucune compétence. Et si je les mettais en avant, on me trouvait hautaine. Un doctorant, ça évoque la méfiance », conclut-elle. Plusieurs docteurs l’affirment, en France, « le doctorat n’est pas valorisé, il n’est même pas reconnu, surtout en sciences humaines et sociales ».

Dans les sciences dîtes « dures », la situation est un peu meilleure du fait que certaines recherches permettent des applications directement commercialisables. La recherche privée y est plus développée. Des débouchés que nuance Léa qui a fait sa thèse en virologie avant de se réorienter : « En biologie, il y a des opportunités dans les start-ups mais cela reste précaire. Sinon, il y a l’industrie pharmaceutique mais cela dépend du sujet que vous avez étudié. » Selon elle, les entreprises ont même plutôt tendance à recruter des titulaires d’un master de recherche, sortant d’écoles d’ingénieurs par exemple, que de titulaires d’un doctorat. Depuis sa soutenance de thèse, il y a 14 mois, Léa est toujours au chômage.

par Kévin Trublet


Lire sur bastamag.net

Illustation par Rhodo


[1] Tous les prénoms ont été modifiés.

[2] Enquête réalisée en octobre 2009 auprès de 4409 personnes par une intersyndicale, et dont le rapport est consultable ici.

[3] Lire ici.



Commentaires

Logo de Farfaline
vendredi 13 janvier 2017 à 22h41 - par  Farfaline

Doctorante de 2011 à 2014 je confirme la main d’oeuvre est gaspillée car nous sommes des gens qui réfléchissent trop veule t bousculer les choses ... Dans un système sclérosé ! En tant que femme j’ai choisi d’être mère après la fin de mon contrat non prolongé pour m’aider à rédiger et terminer dans de bonnes conditions le travail des 3 années de du labeur ! Docteur peut être mais difficile d’avoir une vie à côté ! Alors que faire de ces passionnés déchus ... à qui poser les bonnes interrogations pour stopper le gaspillage de cerveau et l’hémorragie dans la recherche française ?

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EFiGiES lance une enquête sur la jeune recherche non statutaire face à la parentalité

mercredi 4 mai 2016

L’association EFiGiES lance une enquête sur la jeune recherche non statutaire face à la parentalité.

Comment concilier le fait d’attendre un enfant ou d’être parent quand on est en thèse ou en recherche de poste ? Quelles difficultés spécifiques voient le jour à cette occasion ? Comment l’institution académique prend-elle en charge (ou non) les jeunes chercheur.e.s confronté.e.s à ces situations ?

Ces questions nous paraissent d’autant plus d’actualité dans le contexte de la mobilisation collective contre la précarité dans l’enseignement supérieur et la recherche, précarité touchant particulièrement les femmes et les jeunes chercheur.e.s, en abordant une problématique qui nous semble encore peu étudiée.

Pour cela, nous avons élaboré un questionnaire qui s’adresse à tou.te.s celles et ceux qui se sentent concerné.e.s, qui sont en thèse en France ou l’ont été

Y répondre vous prendra une vingtaine de minutes.

Si vous désirez davantage de renseignements sur cette enquête, vous pouvez nous écrire à : contact.efigies gmail.com

N’hésitez pas à faire circuler ce questionnaire dans vos réseaux et auprès de vos connaissances, en particulier si elles ont quitté le milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Le plus grand nombre de contractuels de la FPE est dans l’enseignement supérieur

vendredi 2 décembre 2011

Selon le Rapport annuel sur l’état de la fonction publique 2010-2011, en 2009, (cf. tableaux p.261 et p.262) on dénombrait un total de 360 907 agents non-titulaires dans la Fonction Publique d’État (FPE). Sans compter les "Emplois statutaires de non-titulaires des ÉPA dérogatoires, dont : Pôle emploi, CROUS, INRAP, Agence de l’eau...". Pour comparaison, il y a 355 001 agents non titulaires dans la Fonction Publique Territoriale (tableau V 1.1-1, p.67).

  • 131 542 agents non-titulaires dans les différents ministères, correspondant à 107000 Équivalent Temps Plein.
  • 229 365 agents non-titulaires dans les EPA (Établissements Publics à caractère Administratif), 181807 ETP, sur un total de 348416 agents. Ce qui fait quasiment 3 fois plus de non-titulaires.
  • En 2009, il y avait 68 915 non-titulaires dans l’Éducation nationale et 75 884 dans l’Enseignement supérieur, soit le plus gros contingent de non-titulaires de tous les ministères (tableau 1.3-3, p.229).
Sur le Web : Lire sur POOLP

Droits d’inscription universitaires 2011-2012

lundi 1er août 2011

JORF n°0176 du 31 juillet 2011, page 13076, texte n° 13

Arrêté du 28 juillet 2011

  • Licence 177€
  • Master 245€
  • Doctorat 372€

Diplôme de médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique et paramédicaux 177€, 2e cycle 245€...

Tous les détails pour les autres diplômes ci-dessous :

Sur le Web : Sur legifrance.gouv.fr

Section 19 du CNU, suite et pas fin (du tout)

samedi 18 juin 2011

Agora relance le dossier "auto-promotion" qui se déroule au sein de la section 19 du Conseil National Universitaire (CNU) :

Nous vous relayions il y a quelques jours la déclaration de professeurs siégeant au sein de la 19e section du CNU et dénonçant les nouvelles auto-promotions dont elle a été le théâtre. Pour compléter cette dernière, nous reproduisons, avec sa permission, la lettre ouverte qu’Alain Quemin a adressé à ses collègues. Voilà qui devrait alimenter les discussions au prochain Congrès de l’Association française de sociologie (AFS), début juillet à Grenoble, où les principaux intéressés ne seront malheureusement sans doute pas présents…

Sur le Web : La suite sur Agora

Répression policière à l’École Normale Supérieure

mardi 19 avril 2011

Communiqué du 19 avril 2011

Alors que les grévistes allaient entamer leur 100éme jour de grève et que les négociations avec la direction suivaient leur cours, la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a décidé d’ordonner l’évacuation des locaux occupés par les grévistes et les étudiants qui soutenaient le mouvement. A 6h, les forces de l’ordre en nombre conséquent ont délogé les occupants sans sommation en défonçant la porte. 14 personnes ont été arrêtées et sont actuellement retenues au commissariat du 5éme arrondissement.

Après le référé au tribunal administratif et les menaces quotidiennes des huissiers, la direction de l’ENS franchit un pas de plus dans la répression de ses propres salariés précaires et étudiants syndiqués et non syndiqués. Le mouvement social est déterminé à continuer la lutte et ne cédera pas aux pressions comme aux menaces physiques.

Le comité de mobilisation de l’ENS


Le comité a appelé à un rassemblement de soutien aux interpelés qui sont sorti du commissariat vers 9h30, puis à une assemblée Générale à l’ENS (45 rue d’Ulm) à 12h.

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