Le blues du jeune chercheur micro-entrepreneur

Le journal minimal | par Leila Arnal | 16/06/2016
mercredi 30 novembre 2016
par  antonin
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Docteur en ethnologie, au chômage, Leila Arnal est obligée de devenir micro-entrepreneur pour exercer. Récit de sa matinée de formation à Pôle emploi.

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Capture d’écran tirée du jeu vidéo “My startup experience”, sur le site de Pôle emploi. (Crédit image : Daesign)

Après ma thèse, l’université et les associations dans lesquelles j’ai travaillé comme ethnologue souhaitent poursuivre notre collaboration mais ne peuvent pas m’offrir un statut de salariée. Je me retrouve donc, sans aucune volonté entrepreneuriale, orientée par ma conseillère Pôle emploi vers la formation “Créer son entreprise”.

La matinée commence par un tour de table des participants* :

  • Antoine : “Je souhaite créer ma boite à la suite de l’obtention de mon BTS Tourisme.
  • Marie : “J’ai pour projet d’ouvrir mon salon de coiffure.
  • Roger : “Je suis en train de créer mon entreprise de volets roulants.
  • Samuel : “Je me mets à mon compte, dans la plomberie.
  • Bernard : “Moi, je crée mon entreprise dans l’électricité.”

Arrive le tour d’Ahmed qui s’exprime uniquement en anglais, et qui a déjà créé son entreprise de vente d’objets en bois d’olivier. “Attention, cette formation ne s’adresse pas à ceux qui ont déjà créé leur entreprise !” s’exclame la formatrice. “En plus vous ne parlez pas français ? Est-ce que vous comprenez ce que je dis monsieur ?” Ahmed fait un signe évasif de la tête. La formatrice l’invite à quitter la salle. Ahmed essaye de s’expliquer en anglais, mais s’exécute, content d’être libéré de la contrainte de la formation qu’il croyait obligatoire.

C’est mon tour. J’essaye d’exposer ma problématique en 3 mots, on entend voler les mouches.

Un retardataire entre. La formatrice : “Et vous, vous voulez faire quoi ?”

  • “Un bar”, lui répond-il timidement en s’asseyant.
  • “C’est dur, ce matin”, soupire-t-elle, puis elle commence la formation, les yeux rivés sur son PowerPoint.

Elle énonce “les étapes indispensables à l’élaboration de notre projet” : étude de marché, prévisions financières, aides, statut juridique, formalités administratives, etc. Un court dessin animé introduit chaque point abordé par la formatrice. “Je n’entrerai pas dans les détails, c’est juste pour une sensibilisation.”

Les premiers aspects qu’elle met en lumière, et qui attirent mon attention, ce sont les 3 principaux facteurs de réussite d’un projet de création d’entreprise.

  1. L’accompagnement. “70 % des entreprises qui sont accompagnées vont au-delà des trois ans. Donc il ne faut pas rester dans son coin,” dit-elle.
    Cela commence mal : je me sens déjà seule et mal informée.
  2. Être ultra disponible. “Vous allez travailler les weekends. Il faut que monsieur ou madame soit d’accord avec vous ! Sinon il y aura des reproches !” s’exclame-t-elle en cherchant avec insistance nos regards.
    Ceux qui ont déjà des difficultés dans leur couple, passez votre chemin.
  3. Il faut avoir ça dans la peau ! Car “un bon chef d’entreprise, c’est un bon expert, un bon gestionnaire, un bon manager et un bon vendeur…” dit-elle.
    En somme, l’entrepreneuriat représente tout ce que je déteste.

Arrive alors la question qui m’intéresse, celle du statut. Au vu de ma situation, je dois opter pour la formule “entreprise individuelle”, autrement dit, le statut de micro-entrepreneur.

Grand nombre de mes anciens et actuels collègues sont micro-entrepreneurs, mais beaucoup plus pour des raisons économiques et statutaires que pour leur désir d’indépendance et d’entreprendre. Maintenant, moi aussi je vais devoir me vendre pour décrocher des petits contrats qui, soit dit en passant, seront souvent payés à la tâche plutôt qu’au temps passé.

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Capture d’écran tirée du jeu vidéo “My startup experience”, sur le site de Pôle emploi. (Crédit image : Daesign)

CERTAINS SE FONT DU BEURRE SUR LE DOS DES CHERCHEURS

La formatrice nous invite à ne pas prendre son indépendance à la légère et propose des solutions pour débuter son activité en prenant moins de risques : recourir au portage salarial, à une Coopérative d’activité et d’entreprise (CAE), ou à une couveuse d’entreprise. Je découvre alors que des sociétés tirent déjà parti de la solitude et de l’inexpérience des micro-entrepreneurs en leur offrant des prestations d’accompagnement et de services contre un pourcentage relativement important. Décidément…

Heureusement, Pôle emploi propose un accompagnement individuel gratuit au rythme de 10 rendez-vous pendant les 3 premiers mois d’activité.

En conclusion, la formatrice nous conseille de nous rendre sur le site de l’Agence pour la création d’entreprises “qui sera votre site Internet phare,” dit-elle, et de “gratter un petit peu” à l’intérieur des rubriques “les aides” et “les concours”.

Puis, elle nous invite à suivre des cours en ligne gratuitement, par le biais des MOOC (Massive Open Online Course), afin que nous puissions cultiver nos envies d’entreprendre.

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Capture d’écran du jeu vidéo “Demain je… crée mon activité” sur le site de Pôle emploi.

Et si nous hésitons encore à nous jeter à l’eau, la boutique de Pôle emploi nous propose un serious game, un jeu de rôle qui simule la création de notre entreprise.

Finalement, solitude et individualisme sont les deux mots qui me viennent à l’esprit pour résumer mon avenir professionnel de micro-entrepreneur. Heureusement que mon ordinateur sera là, fidèle au poste, pour me former, me guider, répondre à mes questions et me trouver des aides.

par Leila Arnal


Lire sur le journal minimal

* Les prénoms ont été modifiés.



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Brèves

EFiGiES lance une enquête sur la jeune recherche non statutaire face à la parentalité

mercredi 4 mai 2016

L’association EFiGiES lance une enquête sur la jeune recherche non statutaire face à la parentalité.

Comment concilier le fait d’attendre un enfant ou d’être parent quand on est en thèse ou en recherche de poste ? Quelles difficultés spécifiques voient le jour à cette occasion ? Comment l’institution académique prend-elle en charge (ou non) les jeunes chercheur.e.s confronté.e.s à ces situations ?

Ces questions nous paraissent d’autant plus d’actualité dans le contexte de la mobilisation collective contre la précarité dans l’enseignement supérieur et la recherche, précarité touchant particulièrement les femmes et les jeunes chercheur.e.s, en abordant une problématique qui nous semble encore peu étudiée.

Pour cela, nous avons élaboré un questionnaire qui s’adresse à tou.te.s celles et ceux qui se sentent concerné.e.s, qui sont en thèse en France ou l’ont été

Y répondre vous prendra une vingtaine de minutes.

Si vous désirez davantage de renseignements sur cette enquête, vous pouvez nous écrire à : contact.efigies gmail.com

N’hésitez pas à faire circuler ce questionnaire dans vos réseaux et auprès de vos connaissances, en particulier si elles ont quitté le milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Le plus grand nombre de contractuels de la FPE est dans l’enseignement supérieur

vendredi 2 décembre 2011

Selon le Rapport annuel sur l’état de la fonction publique 2010-2011, en 2009, (cf. tableaux p.261 et p.262) on dénombrait un total de 360 907 agents non-titulaires dans la Fonction Publique d’État (FPE). Sans compter les "Emplois statutaires de non-titulaires des ÉPA dérogatoires, dont : Pôle emploi, CROUS, INRAP, Agence de l’eau...". Pour comparaison, il y a 355 001 agents non titulaires dans la Fonction Publique Territoriale (tableau V 1.1-1, p.67).

  • 131 542 agents non-titulaires dans les différents ministères, correspondant à 107000 Équivalent Temps Plein.
  • 229 365 agents non-titulaires dans les EPA (Établissements Publics à caractère Administratif), 181807 ETP, sur un total de 348416 agents. Ce qui fait quasiment 3 fois plus de non-titulaires.
  • En 2009, il y avait 68 915 non-titulaires dans l’Éducation nationale et 75 884 dans l’Enseignement supérieur, soit le plus gros contingent de non-titulaires de tous les ministères (tableau 1.3-3, p.229).
Sur le Web : Lire sur POOLP

Droits d’inscription universitaires 2011-2012

lundi 1er août 2011

JORF n°0176 du 31 juillet 2011, page 13076, texte n° 13

Arrêté du 28 juillet 2011

  • Licence 177€
  • Master 245€
  • Doctorat 372€

Diplôme de médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique et paramédicaux 177€, 2e cycle 245€...

Tous les détails pour les autres diplômes ci-dessous :

Sur le Web : Sur legifrance.gouv.fr

Section 19 du CNU, suite et pas fin (du tout)

samedi 18 juin 2011

Agora relance le dossier "auto-promotion" qui se déroule au sein de la section 19 du Conseil National Universitaire (CNU) :

Nous vous relayions il y a quelques jours la déclaration de professeurs siégeant au sein de la 19e section du CNU et dénonçant les nouvelles auto-promotions dont elle a été le théâtre. Pour compléter cette dernière, nous reproduisons, avec sa permission, la lettre ouverte qu’Alain Quemin a adressé à ses collègues. Voilà qui devrait alimenter les discussions au prochain Congrès de l’Association française de sociologie (AFS), début juillet à Grenoble, où les principaux intéressés ne seront malheureusement sans doute pas présents…

Sur le Web : La suite sur Agora

Répression policière à l’École Normale Supérieure

mardi 19 avril 2011

Communiqué du 19 avril 2011

Alors que les grévistes allaient entamer leur 100éme jour de grève et que les négociations avec la direction suivaient leur cours, la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a décidé d’ordonner l’évacuation des locaux occupés par les grévistes et les étudiants qui soutenaient le mouvement. A 6h, les forces de l’ordre en nombre conséquent ont délogé les occupants sans sommation en défonçant la porte. 14 personnes ont été arrêtées et sont actuellement retenues au commissariat du 5éme arrondissement.

Après le référé au tribunal administratif et les menaces quotidiennes des huissiers, la direction de l’ENS franchit un pas de plus dans la répression de ses propres salariés précaires et étudiants syndiqués et non syndiqués. Le mouvement social est déterminé à continuer la lutte et ne cédera pas aux pressions comme aux menaces physiques.

Le comité de mobilisation de l’ENS


Le comité a appelé à un rassemblement de soutien aux interpelés qui sont sorti du commissariat vers 9h30, puis à une assemblée Générale à l’ENS (45 rue d’Ulm) à 12h.

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