Coup de frein sur l’emploi des chercheurs

Le Monde | 12/09/2016 | par Dadid Larousserie
mardi 4 octobre 2016
par  antonin
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Recherche Ralentissement des recrutements, tarissement du vivier de doctorants, précarité en hausse… Le récent rapport du ministère révèle des signes inquiétants pour le secteur

Dans les laboratoires, la dernière livraison du rapport " L’état de l’emploi scientifique en France ", issu du service statistique du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, devrait être scrutée à la loupe. Se fondant sur les derniers chiffres disponibles, ceux de 2014, la publication montre que " après avoir augmenté de 2,1 % par an en moyenne entre 2000 et 2013, le -volume de l’emploi scientifique [total] se stabilise en 2014 ". La même année, " au sein des principaux organismes de recherche [publique] , l’emploi affecté à la recherche s’est contracté (environ – 1 %) ". " Ces évolutions (…) constituent les signaux d’un net ralentissement par rapport à la période 2009-2013 ", ajoutent les auteurs du rapport. De quoi donner raison aux récurrentes critiques de ces dernières années, pointant la -dégradation des moyens humains et financiers des laboratoires.

D’autant que d’autres signaux inquiétants sont dévoilés par cet état des lieux mis en ligne lundi 12 septembre. Les effectifs de soutien à la recherche (ingénieurs d’études, techniciens, administratifs…) baissent aussi : dans le secteur public, de 0,2 % par an depuis 2009, pour atteindre 62 354 personnes, et dans les entreprises, de 3 % par rapport à 2009, pour un -effectif de 89 560 personnes. Dans le secteur privé, qui représente 60 % de l’emploi scientifique en France (dont 161 900 chercheurs) et est passé devant le public depuis le début des années 2000, " l’emploi total devrait être au final en -léger repli en 2014 ", estime même le rapport. L’inversion d’une courbe qui était jusqu’alors sur un rythme de croissance annuel de plus de 4 %. Il est à noter que cette augmentation régulière n’a pas été accélérée par le dispositif de soutien à la recherche privée, le crédit impôt recherche, qui a atteint 5,7 milliards d’euros en 2013.

 Des signaux positifs

Autre point mis en avant, le -vivier de chercheurs s’étiole. Le nombre de doctorants français a baissé de plus de 10% depuis 2007. Même le flux d’étrangers (42% des doctorants) s’est tari depuis 2009. C’est d’autant plus inquiétant que ces étudiants représentent 11% des personnels de recherche dans les organismes de recherche et plus de 30% dans les universités.

Cette étude, qui puise ses informations auprès des directions des ressources humaines du ministère et de chaque organisme ainsi que dans l’" Enquête sur les moyens consacrés à la R&D dans les entreprises en 2015 ", montre aussi des signaux positifs. Si 28 % des thèses ne sont pas financées, ce qui oblige les étudiants à travailler par ailleurs ou à être bénévoles dans leur laboratoire, ce taux était de 33 % en 2011. L’étude révèle aussi que l’insertion professionnelle des docteurs de 2010 est meilleure que celle de leurs aînés, sauf en sciences de la vie. Les chercheurs étrangers, principalement européens, restent attirés par notre pays et -représentent 25 % des recrutements de 2014 dans les principaux organismes de recherche.

Le potentiel scientifique français, et ses 266 122 chercheurs équivalent temps plein, se maintient au neuvième rang mondial (rapportés à la population active).

Un dernier sujet est éclairé par le rapport : la précarité dans les laboratoires. La notion désigne à la fois les étudiants mal financés pour leur thèse, les vacataires de l’enseignement ou de la recherche, mais aussi la multiplication des -contrats courts, qui conduisent souvent à une longue attente avant de décrocher un CDI. Le rapport évalue à 20% ces emplois dans les organismes de recherche, hors doctorat. Il indique aussi un âge moyen de 34 ans, soit sept ans environ après la thèse, pour le -recrutement de chargés de recherche ou de maîtres de conférences.

 " Prestataires de services "

"Si l’emploi scientifique se stabilise en France, c’est par l’augmentation de la précarité", souligne Patrick Monfort, secrétaire général du Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS). Selon l’étude, c’est effectivement vrai pour certains organismes de recherche et pour les universités dont la part des emplois non permanents est passée de 31,4 % à 34,6 % (entre 2008 et 2014). " Nous devenons ainsi progressivement des “prestataires de services” corvéables à merci et muselés dans leur colère ", résumait dans une tribune au Monde le 16 juin Gabriel Bortzmeyer, un porte-parole du Collectif national des travailleurs précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche, né lors des -contestations de la loi travail.

L’association Sciences en marche, créée en 2014, a voulu aller au-delà de ces chiffres. La synthèse de son enquête auprès de plus de 5 000 contractuels devrait paraître avant la fin de l’année. " Dans notre échantillon, les femmes sont majoritaires, indique son porte-parole, Patrick Lemaire. Nous avons été surpris de voir le grand nombre de contrats courts, inférieurs à un an. " Il note aussi que " la stabilité professionnelle favorise la natalité ". Dans les répondants, les précaires ont des enfants plus tard que les permanents. Ces situations difficiles avaient déjà été soulignées par une autre étude de l’association auprès de 360 directeurs de laboratoire, qui souhaitaient " une augmentation des recrutements de -titulaires et une amélioration des perspectives professionnelles pour les personnels contractuels ". Y compris hors enseignement -supérieur et recherche publique.

Les 850 millions d’euros supplémentaires annoncés en juillet pour le budget 2017 du ministère de la recherche répondront-ils à ces revendications ?

David Larousserie


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Crédit photo : CC0 Public Domain



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Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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