Témoignage : "Je suis jeune, idéaliste, passionnée, mais surtout précaire, réaliste et personnel fantôme dans mon université …"

Mediapart | blog de Enseignant vacataire en grève Lyon 2 | 19 février 2015
vendredi 20 février 2015
par  antonin

Parallèlement aux cours de TD que j’assure cette année, ma rémunération principale provient de babysittings réguliers et occasionnels.

Sans contrat de travail, je suis en « grève » depuis quelques jours (voir ici les revendications de ce mouvement), mais j’assurerai des cours alternatifs pour offrir aux étudiants un espace d’échange et de réflexions communes. Actuellement, cette situation est sans conséquence sur ma vie et mes revenus : mes revenus réguliers proviennent du babysitting, la paie de mes cours arrivera dans un délai fort incertain.

Je suis ravie d’avoir ce plan de babysitting : je m’occupe de deux enfants charmantes, bien élevées à qui je fais faire leurs devoirs et des activités manuelles. Je goûte avec les enfants, j’ai l’autorisation de me servir de la machine à café. C’est un babysitting pas loin de chez moi, j’y vais en vélo, mes employeurs sont sympas et prévenant, j’ai les clés de leur appartement et ils me payent au tarif légal à l’heure travaillée de manière très régulières et je cotise même pour la retraite !!!

Pour des plans de babysitting plus occasionnels en soirée, je m’occupe des enfants en général durant 1h à 2h, puis ils s’endorment tranquillement. J’ai ensuite le temps de corriger les copies de mes étudiants à l’université, à préparer mes cours pour les séances prochaines : l’idéal quoi ! (Oui, ça peut faire bizarre de penser ça quand on a plus qu’un Bac+5, mais cette condition précaire conduit à avoir ce type de considération paradoxale.) Ce travail de correction de copies et de préparation de cours est considéré comme du travail gratuit, effectué dans le cadre des « tâches annexes » au cours que je donne en classe (seules ces heures de cours me sont rémunérées).

Contrairement, à l’université, je suis théoriquement payée environ 30 euros net l’heure de cours donnée et mon employeur ne me paie aucune charge sociale. Pour y travailler, je dois avant tout payer mon employeur, l’Etat, pour m’inscrire en doctorat, afin qu’un contrat de travail puisse un jour être établit. Mes employeurs (les services des Ressources Humaines et la Présidence de Lyon 2 notamment) ne connaissent pas mon existence, c’est d’ailleurs moi qui ai dû les contacter pour savoir quelles pièces fournir pour établir mon contrat de travail (quel comble !). Je ne dispose pas d’un contrat de travail, et je ne suis pas payée régulièrement. Il est possible de comprendre ces problèmes comme des manifestations d’un manque de personnel administratif (notamment titulaires ou contractuels, avec des salaires en fonction des missions qu’ils assurent), conséquences désastreuses des politiques d’austérité adoptée à l’échelle locale par la Présidence de Lyon 2, et plus largement par l’Etat. Il se trouve que je travaille sur le campus de Bon, qui se trouve à 50min en transport en commun de mon domicile, et l’université ne participe pas au paiement de ces frais de transport. J’ai des conditions d’emplois et de travail déplorables : pas d’accès à une salle de travail spécifique, pas de connexion Internet qui fonctionne correctement, aucun accès à une machine à café (malgré une journée où j’enchaine pas mal de cours). Je ne dispose pas de carte de personnel de l’université et ne peux emprunter de livres à la bibliothèque pour préparer mes cours en travaillant à l’extérieur de la bibliothèque universitaire de Bron. J’ai pris connaissance en discutant avec des collègues des conditions pour avoir accès à la photocopieuse et obtenir les clés pour ouvrir mes salles de cours (pourquoi n’existe-t-il pas un document administratif d’information pour les enseignants vacataires contenant ce type d’information ?). Je ne parle pas des conditions d’étude des étudiants : pas de polycopiés pour les lectures obligatoires (ils impriment les textes à leurs frais), des problèmes de place pour travailler à la bibliothèque, aucune salle de travail libre ou ouverte n’existe pour réaliser un travail de groupe sur le campus de Bron… et parfois pas assez de chaise pour tout le monde en classe dans le cadre d’effectifs surchargés !

Au prorata des heures travaillées/payées, je gagne deux fois plus en faisant du babysitting qu’en donnant des cours en tant que vacataire enseignant à l’université.

Comme certains étudiants qui m’ont posé la question quand je leur ai annoncé que j’étais gréviste, en me lisant vous vous demandez peut-être : « Mais pourquoi dans ces conditions vous continuez à travailler pour l’université ? Pourquoi vous donnez des cours si vous n’êtes pas payée ? »

Excellente question !

La réponse est simple : j’aime ce que je fais, mais je souhaite vivre dignement de ma passion, pour devenir -un jour peut être si le système actuel de m’en a pas enlevé toute envie avant- enseignante-chercheure !
Ainsi, en commençant à donner des cours un peu par hasard, j’ai découvert que j’aimais enseigner à l’université, stimuler les étudiants, leur donner des clés pour mieux leur permettre de comprendre ce monde si compliqué dans lequel ils sont un peu paumés, j’aime échanger avec eux ! Former les générations futures, quel plus beau défi pédagogique, humain, collectif ? Par ailleurs, la préparation de ces cours de TD et les échanges avec les étudiants me permettent de me remettre en question, de m’interroger sur certaines thématiques sur lesquelles je n’avais pas eu l’occasion de me pencher, d’approfondir ma connaissance de certaines thématiques, et de m’auto-former à l’enseignement (oui quand on accepte pour la première fois d’assurer un TD, on accepte d’être lancé devant une classe de 40 étudiants, sans avoir bénéficié d’aucune formation. Au mieux, on développe nos compétences pédagogiques au fil de notre expérience). Mais aussi, quand on veut comme moi tenter de faire partie de ce monde qu’est l’enseignement supérieur et la recherche en France, il faut avoir enseigné si on veut avoir une petite chance d’être recruté pour espérer devenir un jour titulaire (enseignant-chercheur). A l’heure actuelle, dans ma filière, j’ai entendu qu’il y avait 200 candidats (tous excellents) pour un poste dans ma filière dans une université voisine. Mais voilà, je fais une thèse non financée (comme 80% des thèses en sciences sociales), et je suis passionnée aussi par ma recherche et mon terrain : c’est un défi intellectuel mais aussi un défi individuel qui permet de se remettre en question profondément et de questionner son rapport au monde. C’est une aventure des plus excitantes…

Dans ma vision de la société, je souhaite occuper une place pour faire de la recherche, mais aussi enseigner à mes étudiants des connaissances scientifiques classiques, je souhaite leur faire part des fruits de mon travail de recherche, leur apprendre à adopter un point de vue critique et argumenté face au monde qui les entoure et à comprendre les enjeux du monde d’hier, d’aujourd’hui et de demain pour qu’ils trouvent eux aussi la place qu’ils souhaitent occuper dans les années à venir.

Je suis jeune, idéaliste, passionnée, mais surtout précaire, réaliste et personnel fantôme dans mon université … le fruit du gâchis sociétal actuel, qui n’est pas propre à l’université française !

Par Enseignant vacataire en grève Lyon 2


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Illustration : par Robert Gonsalves



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Brèves

Je gagne 1700 euro et j’avance 650 euro par mois pour les kilomètres

vendredi 22 novembre 2013

Bonjour,
Je travaille pour l’Éducation Nationale dans une structure très particulière, je me déplace sur 2 départements : je gagne 1700 euro par mois et je dois avancer TOUS LES frais ; je suis remboursé avec un décalage de 3 mois et sur une base SNCF ET évidemment j’utilise ma PROPRE voiture. Je suis évidemment contractuel depuis 2004 mais j’ai changé 3 fois d’académie, j’ai des "trous" dans mon état de service et donc je n’ai jamais pu être titularisé (ni en 2000 ni cette année).
[par Anonyme]

Montpellier Université : le temps des postes tirés au sort

lundi 3 octobre 2011

On l’appellera Françoise pour la protéger malgré sa cartouchière de diplômes correspondant à bac + 10. Trentenaire montpelliéraine, la jeune docteur en sociologie, spécialisée dans les institutions et l’administration, enseigne depuis deux ans dans les facs et lycées parisiens.

En 2010, elle est vacataire dans le supérieur et contractuelle dans l’Éducation nationale (option SES) en 2nde et 1ère. Pour cette rentrée, elle est certaine qu’un poste à mi-temps d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) lui est attribué par la commission scientifique universitaire. Pas la lune : 1 200 € par mois plus une prime annuelle sensiblement équivalente mais de quoi être rassurée quant à l’avenir immédiat et pouvoir poursuivre ses travaux de recherche.

Pour compléter l’enseignement aux étudiants, un autre mi-temps est confié à l’une de ses jeunes collègues. Françoise prépare ses cours pendant l’été, regagne Paris. On lui demande de démarrer en septembre, sans contrat. Et patatras.

La semaine dernière, la présidence de l’université décide d’un plein-temps. La commission scientifique tranche... par tirage au sort. Françoise reste sur le carreau. En remplacement, l’université lui propose des vacations. Payées en mars.

Sur le Web : Lire sur Midi Libre

Carcassonne. Le prof vacataire réclame son dû

lundi 27 juin 2011

[La Dépêche | 22/06/2011 | D.B.]

Dans une précédente édition nous relations la galère de Francis Campana, ce cadre au chômage, engagé par l’IUT de Perpignan pour donner 20 heures de cours à Carcassonne en octobre 2010. Depuis, il se bat pour se faire payer cette prestation, une facture qui n’a rien d’exorbitant, environ 1 000 euros brut. Le responsable de l’IUT, qui n’a par ailleurs pas souhaité s’exprimer sur le sujet, se bornait à préciser que son établissement n’est pas en droit de rémunérer des professeurs, même vacataires, au chômage, une situation que l’administration de l’IUT n’ignorait pourtant pas lors de la signature du contrat de prestation.

Malgré des lettres recommandées et de multiples interventions, la sollicitation du médiateur académique, Francis Campana n’a, à ce jour, toujours pas perçu sa rémunération. La seule avancée qu’il dit avoir obtenue, récemment, après plusieurs mois de relances, c’est une information bien sibylline du secrétariat de l’Université de Perpignan lui assurant « qu’une réponse est en cours de préparation et vous sera donnée par le médiateur académique ». (...)

Témoignage...

dimanche 15 mai 2011

Moi aussi je suis fatigué d’être contractuel dans l’académie d’Amiens en arts plastiques depuis 12 ans avec cette année.
Je viens de passer l’oral du capes mardi dernier à Tours pour la 7 ème fois, et je me suis encore planté et j’en veux au monde entier parce qu’à chaque fois à l’oral on remet en cause ma proposition de cours et le lendemain il faut faire cours comme si de rien n’était, j’ai 19.80 en notation administrative, l’inspecteur, après mon inspection a souhaité que je sois jury de bac en arts plast à l’oral, parce que j’avais de l’expérience.
C’était cette fois en 2005, et 1 semaine ensuite je retournais passer l’oral à Tours ...
Je suis souvent sur 2 établissements minimum quand c’est pas 3, pendant 7 ans je faisais environ 120 km pour aller travailler et 120 pour revenir...
Mais tout cela on s’en fiche, j’ai 38 ans et qu’ai- je fait de ma vie... Rien, la blaze...

Appel à témoins Jeunes précaires diplômés

vendredi 8 avril 2011

Je suis journaliste pour le magazine « Sept à huit » diffusé chaque dimanche sur TF1 et je prépare un reportage sur les jeunes diplômés précaires qui, après de longues recherches, se voient obligés d’accepter un emploi bien en-deçà de leurs qualifications faute de mieux.

Je cherche à faire le portrait de 2 ou 3 représentants de cette génération précaire, les suivre dans leur quotidien afin de comprendre leur parcours et leurs difficultés.

Si êtes vous même concernés ou si vous connaissez des gens concernés par cette situation, n’hésitez pas à faire tourner cet appel à témoins autour de vous !

Je suis joignable pour toute question par mail : ma.brucker oPo elephant-cie.com

Merci de votre aide.

Marie-Alix Brucker

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