Le doctorat menacé par la création de nouveaux diplômes

Le Monde | par Adrien de Tricornot | 25/03/2015
vendredi 27 mars 2015
par  antonin

La polémique monte autour des doctorats professionnels, executive doctorate ou doctorats appliqués – des diplômes d’établissements, non reconnus au niveau national. Emboîtant le pas aux écoles de commerce ou à leur consœur Paris-Dauphine, nombre d’universités y réfléchissent.

Proposé à des consultants ou à des cadres dirigeants, ce diplôme – notamment développé à l’étranger par des universités ou des écoles privées sous le nom d’executive doctorate in business administration (EDBA) – consiste à effectuer une recherche appliquée à son contexte professionnel après avoir suivi des cours de méthodologie, et tout en poursuivant son activité.

Etudiants et enseignants-chercheurs redoutent une dévalorisation de ce parcours de recherche d’au moins trois ans auquel ces « thésards » se sont eux-mêmes astreints, de la réputation de leur diplôme, et une sélection par l’argent. Le projet de Sciences Po de créer un nouveau diplôme d’établissement en deux ans, un doctorat professionnel dans le cadre de la formation continue, a ainsi déclenché un tollé. Dénonçant « la vente de diplômes aux enchères », un collectif de jeunes chercheurs a pris la plume pour s’inquiéter d’« un grand nombre de menaces en termes d’intégrité, de qualité de la recherche, et de qualification de détenteurs de diplôme sur le site », dans un texte publié par Rue89, le 23 février.

L’avertissement a été entendu. Sciences Po indique qu’il « n’a pas de projet de créer un doctorat professionnel ». « Ce n’est plus du tout à l’ordre du jour mais nous restons vigilants », précise Enora Naour, élue étudiante au conseil de direction. Car cette piste était envisagée dans le plan stratégique Sciences Po 2022, présenté en mai 2014.

Un « cadre de partenariat »

La Commission permanente du conseil national des universités (CPCNU) avait aussi mis en garde, dans un communiqué en février, contre la multiplication de ces « diplômes d’université d’un nouveau genre, présentés comme “doctorats” sous des dénominations diverses (qui) répondent principalement aux attentes professionnelles des cadres supérieurs économiques et administratifs qui souhaitent obtenir rapidement un “PhD” pour accroître la valeur marchande de leur CV sur des marchés professionnels internationaux ou sur des postes dans des entreprises qui recrutent désormais dans le cadre d’une compétition internationale ».

Relevant des tarifs d’inscription « particulièrement élevés », la CPCNU s’inquiétait du risque « d’inciter les établissements à multiplier les offres de “doctorat” au rabais scientifique, dans le but de répondre à des contraintes financières croissantes ».

A Dauphine, la neuvième promotion d’EBDA (18 places à Paris) est en cours. Coût : 29 000 euros. Des antennes ont été créées à Pékin, Shanghaï et Beyrouth avec des effectifs comparables. A l’automne, Dauphine prévoit d’ouvrir une seconde filière : un doctorat exécutif en affaires publiques. « Pour nous, ce n’est pas une manne financière : nous n’avons pas du tout de subventions. Ce ne sont pas des diplômes plus lucratifs que les autres diplômes de formation continue », défend Lionel Garreau, coresponsable de l’Executive doctorate, qui souligne que Dauphine est le seul membre français de l’organisme de référence EBDA Council. « Certains EDBA sont des produits plus commerciaux que scientifiques. Mais le positionnement qu’a choisi Dauphine, c’est un diplôme de niveau doctoral et de formation à la recherche, pour la recherche, et comprenant une forte implication managériale, avec un accompagnement et une offre de cours conséquents », poursuit-il.

Les universités sont sollicitées par des entreprises, des grands corps ou des professions qui souhaiteraient aider leurs membres à afficher la mention « doctor » sur leurs cartes de visite. La commission de recherche (CR) de l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne a adopté, en décembre 2013, un « cadre de partenariat visant à l’accès au doctorat par la formation continue ». Le but : garder aux écoles doctorales la maîtrise de la qualité du recrutement, du mode d’évaluation ou de la composition des jurys de soutenance, et ne délivrer que de vrais « doctorats ». Depuis, Paris-I s’est engagée dans des conventions avec le notariat et l’INP (Institut national du patrimoine). « Le texte-cadre est très important à faire valoir et nous, élus de la CR, l’avons déjà utilisé », témoigne Julie Gervais, maîtresse de conférences en science politique et élue à la commission de la recherche. Notamment pour limiter le nombre de non-universitaires dans des jurys de thèse. « Le problème n’est pas la création de nouveaux diplômes mais il ne faut pas jouer sur l’ambiguïté du nom doctorat », appuie Olivier Nay, président de la section science politique du Conseil national des universités (CNU).

Les lignes seront-elles clarifiées ? L’arrêté ministériel qui définit les écoles doctorales et le doctorat est en cours d’actualisation. Une large concertation des différents acteurs est en cours. Le ministère de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche attend donc avant de commenter ce sujet délicat.

par Adrien de Tricornot


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Brèves

Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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