Témoignage sur la réalité des vacataires enseignants de Lyon 2 aujourd’hui

Blog Médiapart | 17 février 2015 | Par Enseignant vacataire en grève Lyon 2
lundi 2 mars 2015
par  antonin

Je suis doctorante à l’Université Lyon II, mais aussi chargée de TD vacataire. Ces heures d’enseignement constituent mon unique source de revenu puisque dans les sciences humaines 2 doctorants sur 10 peuvent espérer une bourse doctorale pour financer leur thèse.

Voici un bref résumé de mes galères quotidiennes.

Pendant l’été, des professeurs de mon département m’ont proposé de faire des vacataires d’enseignement. J’ai tout de suite accepté, car c’est quand même 30 euros nets de l’heure, ce qui devrait me permettre de lâche mon petit boulot et de garder du temps pour mon doctorat.

Une semaine avant la rentrée, j’obtiens enfin mes créneaux horaires… En plus, ce n’est pas de chance, mes quatre groupes de TD sont répartis sur trois jours différents. On m’explique que c’est comme ça et qu’il n’y a rien à faire.

Le jour de la rentrée, je découvre qu’un badge dont on ne m’avait jamais parlé est nécessaire pour ouvrir la porte et je reste dix minutes à attendre un collègue pouvant m’ouvrir avec mes étudiants. Le lendemain, j’apprends que mon quatrième TD a été supprimé sur décision budgétaire, voilà un quart de mon salaire qui vient de disparaître sans avoir pu donner mon avis.

Après une semaine de cours, je m’inquiète de n’avoir toujours aucun contrat de travail. On m’explique alors qu’il faut d’abord payer mes frais d’inscription en tant que doctorante (400 euros) ainsi que la cotisation à la sécurité sociale parce que l’université a décidé de ne pas en payer pour les vacataires (200 euros). Donc si je comprends bien, avant même d’avoir touché le moindre salaire, je dois débourser 600 euros et les verser à mon employeur ! Voici un autre quarte de mon salaire pas encore perçu qui vient de disparaître lui aussi ! Ces mes premiers cours datent de la mi-septembre et je n’ai toujours rien reçu sur mon compte en banque. Un collègue m’explique que l’université me paiera mes heures de septembre 3 mois après le début des cours, soit fin novembre, mes heures d’octobre fin décembre et ainsi de suite.

Mi-décembre, les cours viennent de finir et j’ai encore 45 dossiers de groupe à corriger pendant les vacances de Noël ! Côté financier, je me suis pas mal endettée auprès de mes amis et de ma famille, j’ai fait des petits boulots en plus à côté parce qu’il est toujours difficile de vivre avec une feuille de paie en retard qui oscille entre 300 et 600 euros.

Du coup, je fais le compte. Pour chaque cours d’1h45, il me faut un minimum de 4h de préparation voir beaucoup plus lorsque je découvre le sujet. Pour chaque groupe de TD, je passe aussi une heure et demie par semaine en interaction avec les étudiants (réponse à leur question sur ma messagerie, RDV d’orientation, etc.). Dans l’idéal, je devrais en faire beaucoup plus, parce qu’ils n’ont pas d’autres interlocuteurs, mais j’ai une grosse pression pour finir ma thèse rapidement, donc je ne réponds pas toujours. Même si, comme me le disent gentiment mes parents, « 5h15 de cours par semaine, ce n’est quand même pas la mer à boire ! « , ça représente en fait plus qu’un mi-temps.

Début janvier, je reçois un message de convocation pour la surveillance de deux examens la semaine suivante, soit 6h qui ne seront pas rémunérées. Cerise sur le gâteau, je dois aussi corriger gratuitement 150 copies en dix jours, parce que le professeur responsable du cours a eu la gentillesse de me confier de « nouvelles responsabilités ». Comme je suis consciencieuse, j’ai annulé ma participation à un séminaire de recherche pour m’y mettre…

Bilan de cette expérience : l’université, elle, ne me reconnait que 54h de cours qui ne m’ouvriront aucun droit pour le chômage, la sécurité sociale ou la retraite, car elle ne comptabilise ni les heures de préparation de cours, ni le travail de correction, ni la surveillance des partiels, ni les réunions pédagogiques. Avec ça, je vais toucher entre fin novembre et fin mars environ 2 100 euros net. Pour être juste, il faudrait d’ailleurs retirer les frais d’inscription, l’assurance maladie et le coût du transport. Et oui, l’université refuse de me payer le transport ou de me rembourser 50% d’une carte d’abonnement. En un semestre, j’ai fait l’expérience de l’envers du décors de l’université française : je suis devenue vacataire.

Ce témoignage fictif mais néanmoins basé sur des faits réels n’est pas du tout un cas isolé, il rend compte de la réalité de milliers de vacataires qui assurent aujourd’hui une grande portion des TD et une partie de plus en plus importante des CM de l’université. L’université profite de leur précarité et du faible nombre de postes pour les mettre en concurrence et en faire une main-d’œuvre aussi peu coûteuse que docile. Qui le croirait ? L’enseignement supérieur public fonctionne grâce à une armée de vacataires dont les conditions de travail soulèveraient l’indignation générale si elles étaient appliquées dans une entreprise du secteur privé.

A travers le problème des vacataires de l’université, c’est la question vitale de la qualité du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche qui se pose. C’est notre avenir à tous qui est en jeu !


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Illustration : Ulric Leprovost



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Brèves

Je gagne 1700 euro et j’avance 650 euro par mois pour les kilomètres

vendredi 22 novembre 2013

Bonjour,
Je travaille pour l’Éducation Nationale dans une structure très particulière, je me déplace sur 2 départements : je gagne 1700 euro par mois et je dois avancer TOUS LES frais ; je suis remboursé avec un décalage de 3 mois et sur une base SNCF ET évidemment j’utilise ma PROPRE voiture. Je suis évidemment contractuel depuis 2004 mais j’ai changé 3 fois d’académie, j’ai des "trous" dans mon état de service et donc je n’ai jamais pu être titularisé (ni en 2000 ni cette année).
[par Anonyme]

Montpellier Université : le temps des postes tirés au sort

lundi 3 octobre 2011

On l’appellera Françoise pour la protéger malgré sa cartouchière de diplômes correspondant à bac + 10. Trentenaire montpelliéraine, la jeune docteur en sociologie, spécialisée dans les institutions et l’administration, enseigne depuis deux ans dans les facs et lycées parisiens.

En 2010, elle est vacataire dans le supérieur et contractuelle dans l’Éducation nationale (option SES) en 2nde et 1ère. Pour cette rentrée, elle est certaine qu’un poste à mi-temps d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) lui est attribué par la commission scientifique universitaire. Pas la lune : 1 200 € par mois plus une prime annuelle sensiblement équivalente mais de quoi être rassurée quant à l’avenir immédiat et pouvoir poursuivre ses travaux de recherche.

Pour compléter l’enseignement aux étudiants, un autre mi-temps est confié à l’une de ses jeunes collègues. Françoise prépare ses cours pendant l’été, regagne Paris. On lui demande de démarrer en septembre, sans contrat. Et patatras.

La semaine dernière, la présidence de l’université décide d’un plein-temps. La commission scientifique tranche... par tirage au sort. Françoise reste sur le carreau. En remplacement, l’université lui propose des vacations. Payées en mars.

Sur le Web : Lire sur Midi Libre

Carcassonne. Le prof vacataire réclame son dû

lundi 27 juin 2011

[La Dépêche | 22/06/2011 | D.B.]

Dans une précédente édition nous relations la galère de Francis Campana, ce cadre au chômage, engagé par l’IUT de Perpignan pour donner 20 heures de cours à Carcassonne en octobre 2010. Depuis, il se bat pour se faire payer cette prestation, une facture qui n’a rien d’exorbitant, environ 1 000 euros brut. Le responsable de l’IUT, qui n’a par ailleurs pas souhaité s’exprimer sur le sujet, se bornait à préciser que son établissement n’est pas en droit de rémunérer des professeurs, même vacataires, au chômage, une situation que l’administration de l’IUT n’ignorait pourtant pas lors de la signature du contrat de prestation.

Malgré des lettres recommandées et de multiples interventions, la sollicitation du médiateur académique, Francis Campana n’a, à ce jour, toujours pas perçu sa rémunération. La seule avancée qu’il dit avoir obtenue, récemment, après plusieurs mois de relances, c’est une information bien sibylline du secrétariat de l’Université de Perpignan lui assurant « qu’une réponse est en cours de préparation et vous sera donnée par le médiateur académique ». (...)

Témoignage...

dimanche 15 mai 2011

Moi aussi je suis fatigué d’être contractuel dans l’académie d’Amiens en arts plastiques depuis 12 ans avec cette année.
Je viens de passer l’oral du capes mardi dernier à Tours pour la 7 ème fois, et je me suis encore planté et j’en veux au monde entier parce qu’à chaque fois à l’oral on remet en cause ma proposition de cours et le lendemain il faut faire cours comme si de rien n’était, j’ai 19.80 en notation administrative, l’inspecteur, après mon inspection a souhaité que je sois jury de bac en arts plast à l’oral, parce que j’avais de l’expérience.
C’était cette fois en 2005, et 1 semaine ensuite je retournais passer l’oral à Tours ...
Je suis souvent sur 2 établissements minimum quand c’est pas 3, pendant 7 ans je faisais environ 120 km pour aller travailler et 120 pour revenir...
Mais tout cela on s’en fiche, j’ai 38 ans et qu’ai- je fait de ma vie... Rien, la blaze...

Appel à témoins Jeunes précaires diplômés

vendredi 8 avril 2011

Je suis journaliste pour le magazine « Sept à huit » diffusé chaque dimanche sur TF1 et je prépare un reportage sur les jeunes diplômés précaires qui, après de longues recherches, se voient obligés d’accepter un emploi bien en-deçà de leurs qualifications faute de mieux.

Je cherche à faire le portrait de 2 ou 3 représentants de cette génération précaire, les suivre dans leur quotidien afin de comprendre leur parcours et leurs difficultés.

Si êtes vous même concernés ou si vous connaissez des gens concernés par cette situation, n’hésitez pas à faire tourner cet appel à témoins autour de vous !

Je suis joignable pour toute question par mail : ma.brucker oPo elephant-cie.com

Merci de votre aide.

Marie-Alix Brucker

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