Témoignage : Mon année épique du fait d’un manque de moyens à l’université

Blog Médiapart | 17 février 2015 | Par Enseignant vacataire en grève Lyon 2
mercredi 25 février 2015
par  antonin

Je vous présente ici comment s’est déroulée la première année de vacation d’enseignement, la plus épique de mon expérience.

J’ai été vacataire chargée d’enseignement à Lyon 2 entre 2012 et 2014. Il s’agissait de mon seul emploi parallèlement à mes études et cela constituait mon seul revenu annuel, auquel se cumulait des babysittings non réguliers. Auparavant, j’étais boursière, mais du fait de mon inscription tardive à l’université, le CROUS a refusé ma demande car « hors délais ». Mes revenus ne me permettant pas d’être indépendantes, je vis toujours chez mes parents.

Je vous présente ici comment s’est déroulée la première année de vacation d’enseignement, la plus épique de mon expérience.

En 2012-2013, j’ai été recrutée une semaine avant la rentrée pour assurer 4 TD par semaine au premier semestre. Recrutée au pied levé du fait d’un manque de vacataires (et de titulaires surtout), je n’ai pu assister aux réunions de rentrée qui s’étaient déjà tenues. Cette rentrée est chargée, je dois préparer rapidement mes séances de cours et je n’ai jamais enseigné auparavant. Pour y arriver, durant le premier mois, je travaille en moyenne 10h par séance pour préparer chaque cours (1h45). J’ai de la chance : je n’ai à assurer que deux cours différents et l’activité d’enseignement me plait. Finalement, à cause de cette charge de travail importante à laquelle s’ajoutent les réponses des mails que mes étudiants m’adressent, je m’organise avec d’autres chargés de TD pour qu’on se répartisse la préparation des séances. C’est pratique, mais dans l’idéal, je préférerais préparer mes propres cours pour mieux les maîtriser et m’adapter plus facilement aux attentes des étudiants.

En septembre, octobre et novembre, c’est la galère à chacune de mes heures de cours : je n’ai ni clés ni badge pour ouvrir mes salles de cours. Je dois donc systématiquement faire appel au secrétariat pour que l’un.e des secrétaires viennent m’ouvrir la salle. Quand mon cours commence à 18h, le secrétariat est fermé et je fais appel à mes collègues des salles voisines, en espérant qu’ils ne soient pas dans le même cas que moi. Courant novembre, miracle, l’un des titulaires a une clé en plus et me la donne ! Je la ferrai passer à mes collègues lors de semestres ultérieurs où je ne donne pas cours. Par contre, je n’aurai jamais la clé de la salle des chargés de TD et de quelques titulaires. Il me faudra entrer quand il y a déjà du monde, squatter des salles de cours vides pour travailler ou au pire aller à la bibliothèque déjà bondée. Pour ce qui est d’Internet, le wifi est capricieux car inadapté. Il fonctionne épisodiquement quand je me connecte dans le bâtiment de mon département ou à la bibliothèque depuis mon ordinateur personnel.

En cours de semestre, je me rends compte que mes étudiants n’ont pas accès aux textes étudiés en séances de TD du fait de dysfonctionnements sur la plateforme de cours (à laquelle je n’ai jamais eu accès- identifiants jamais communiqués). Toutes les semaines, j’ai une vingtaine d’emails me demandant d’envoyer les textes obligatoires. Au bout de trois semaines, comme le problème n’a toujours pas été résolu par l’administration malgré les multiples signalements du problème, je décide de le résoudre au plus vite avec mes propres moyens. Je crée donc un groupe en ligne et invite mes 160 étudiants à le rejoindre en entrant une part une leur adresse email. J’y passe deux soirées, mais au moins je permets à mes étudiants d’avoir des conditions d’études normales dans le cadre de ce cours. Souvent, ils se plaignent de ne pas trouver de place à la bibliothèque universitaire pour y travailler. Ils se plaignent aussi de ne pas trouver l’un des ouvrages de la bibliographie du cours, car les deux exemplaires disponibles sont empruntés depuis déjà 10 jours et sont tous réservés pour les semaines à venir.

Au retour des vacances de la Toussaint, soit au milieu du semestre de cours : surprise ! La DRH me contacte pour me signifier que mon statut de vacataire n’est pas valide car je ne suis plus étudiante dans mon précédent master 2 (dont j’avais fourni le certificat de scolarité et dont je ne recevrai les résultats que courant décembre), et qu’il est donc impossible pour l’université de me payer les heures de cours données et à venir. C’est donc la panique, la seule solution qui émerge grâce aux soutiens des enseignants de mon département est de m’inscrire dans un nouveau master 2 (en payant les droits d’inscription le plus rapidement possible), afin de me permettre de pouvoir tout simplement toucher la rémunération des heures de cours assurées. N’ayant aucune ressource personnelle, ce sont mes parents qui me payeront mon inscription à l’université. Mon contrat de travail est enfin validé début décembre par l’université, et mes heures me sont payées en février.

Un plan c’est profilé : un titulaire me propose de partager des heures de cours avec lui au second semestre, et a besoin que je le dépanne dans le cadre d’un TD où des intervenants extérieurs viennent présenter leurs métiers. C’est un secteur dans lequel j’ai de l’expérience et qui m’intéresse, je suis disponible et motivée pour effectuer ces heures de cours, mais voilà un autre problème se pose : celui de la limite des 96h par an (pour les enseignants vacataires).

A la fin du 1er semestre, j’avais effectué 84h. Le titulaire me propose de donner 10h de cours, et de le remplacer durant 4 séances (d’1h45) pour accueillir les intervenants. Je dépasse la limite légale et l’université refuse que les vacataires enseignants dépassent cette limite car elle ne souhaite pas –pour des raisons budgétaires- payer de cotisations. La solution que propose le titulaire est de déclarer pour son compte mes heures de travail en tant qu’heures supplémentaires travaillées. Du fait de nombreux problèmes de contrat de travail, cette déclaration est une pratique régulièrement utilisée, pour remédier officieusement aux problèmes administratifs et de politique d’emploi de l’université. Ma rémunération me sera versée plusieurs mois après la fin de mon travail.

Titulaires, contractuels et vacataires, dans l’enseignement comme dans les services administratifs, nous faisons tous les frais d’un manque de moyens et d’aberrations normatives au quotidien qui entravent notre travail quotidien.


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Illustration : Ulric Leprovost



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Brèves

Je gagne 1700 euro et j’avance 650 euro par mois pour les kilomètres

vendredi 22 novembre 2013

Bonjour,
Je travaille pour l’Éducation Nationale dans une structure très particulière, je me déplace sur 2 départements : je gagne 1700 euro par mois et je dois avancer TOUS LES frais ; je suis remboursé avec un décalage de 3 mois et sur une base SNCF ET évidemment j’utilise ma PROPRE voiture. Je suis évidemment contractuel depuis 2004 mais j’ai changé 3 fois d’académie, j’ai des "trous" dans mon état de service et donc je n’ai jamais pu être titularisé (ni en 2000 ni cette année).
[par Anonyme]

Montpellier Université : le temps des postes tirés au sort

lundi 3 octobre 2011

On l’appellera Françoise pour la protéger malgré sa cartouchière de diplômes correspondant à bac + 10. Trentenaire montpelliéraine, la jeune docteur en sociologie, spécialisée dans les institutions et l’administration, enseigne depuis deux ans dans les facs et lycées parisiens.

En 2010, elle est vacataire dans le supérieur et contractuelle dans l’Éducation nationale (option SES) en 2nde et 1ère. Pour cette rentrée, elle est certaine qu’un poste à mi-temps d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche) lui est attribué par la commission scientifique universitaire. Pas la lune : 1 200 € par mois plus une prime annuelle sensiblement équivalente mais de quoi être rassurée quant à l’avenir immédiat et pouvoir poursuivre ses travaux de recherche.

Pour compléter l’enseignement aux étudiants, un autre mi-temps est confié à l’une de ses jeunes collègues. Françoise prépare ses cours pendant l’été, regagne Paris. On lui demande de démarrer en septembre, sans contrat. Et patatras.

La semaine dernière, la présidence de l’université décide d’un plein-temps. La commission scientifique tranche... par tirage au sort. Françoise reste sur le carreau. En remplacement, l’université lui propose des vacations. Payées en mars.

Sur le Web : Lire sur Midi Libre

Carcassonne. Le prof vacataire réclame son dû

lundi 27 juin 2011

[La Dépêche | 22/06/2011 | D.B.]

Dans une précédente édition nous relations la galère de Francis Campana, ce cadre au chômage, engagé par l’IUT de Perpignan pour donner 20 heures de cours à Carcassonne en octobre 2010. Depuis, il se bat pour se faire payer cette prestation, une facture qui n’a rien d’exorbitant, environ 1 000 euros brut. Le responsable de l’IUT, qui n’a par ailleurs pas souhaité s’exprimer sur le sujet, se bornait à préciser que son établissement n’est pas en droit de rémunérer des professeurs, même vacataires, au chômage, une situation que l’administration de l’IUT n’ignorait pourtant pas lors de la signature du contrat de prestation.

Malgré des lettres recommandées et de multiples interventions, la sollicitation du médiateur académique, Francis Campana n’a, à ce jour, toujours pas perçu sa rémunération. La seule avancée qu’il dit avoir obtenue, récemment, après plusieurs mois de relances, c’est une information bien sibylline du secrétariat de l’Université de Perpignan lui assurant « qu’une réponse est en cours de préparation et vous sera donnée par le médiateur académique ». (...)

Témoignage...

dimanche 15 mai 2011

Moi aussi je suis fatigué d’être contractuel dans l’académie d’Amiens en arts plastiques depuis 12 ans avec cette année.
Je viens de passer l’oral du capes mardi dernier à Tours pour la 7 ème fois, et je me suis encore planté et j’en veux au monde entier parce qu’à chaque fois à l’oral on remet en cause ma proposition de cours et le lendemain il faut faire cours comme si de rien n’était, j’ai 19.80 en notation administrative, l’inspecteur, après mon inspection a souhaité que je sois jury de bac en arts plast à l’oral, parce que j’avais de l’expérience.
C’était cette fois en 2005, et 1 semaine ensuite je retournais passer l’oral à Tours ...
Je suis souvent sur 2 établissements minimum quand c’est pas 3, pendant 7 ans je faisais environ 120 km pour aller travailler et 120 pour revenir...
Mais tout cela on s’en fiche, j’ai 38 ans et qu’ai- je fait de ma vie... Rien, la blaze...

Appel à témoins Jeunes précaires diplômés

vendredi 8 avril 2011

Je suis journaliste pour le magazine « Sept à huit » diffusé chaque dimanche sur TF1 et je prépare un reportage sur les jeunes diplômés précaires qui, après de longues recherches, se voient obligés d’accepter un emploi bien en-deçà de leurs qualifications faute de mieux.

Je cherche à faire le portrait de 2 ou 3 représentants de cette génération précaire, les suivre dans leur quotidien afin de comprendre leur parcours et leurs difficultés.

Si êtes vous même concernés ou si vous connaissez des gens concernés par cette situation, n’hésitez pas à faire tourner cet appel à témoins autour de vous !

Je suis joignable pour toute question par mail : ma.brucker oPo elephant-cie.com

Merci de votre aide.

Marie-Alix Brucker

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