Le grand Quizz de la qualification du CNU…

jeudi 17 avril 2014
par  Anonyme
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J’ai longtemps pesé la décision de diffuser, au delà d’un cercle restreint, l’expérience vécue lors de mon audition par la « commission d’appel au groupe » du CNU chargée d’examiner les dossiers des candidats dont la demande de qualification a été rejetée. N’exposant personne d’autre que moi même, puisque l’anonymat de tous les protagonistes y est scrupuleusement préservé, il n’a pour objectif ni de désigner des "boucs émissaires", ni de susciter l’apitoiement sur mon cas personnel ou de suggérer que celui-ci mériterait d’être "réévalué". Bien au contraire, il s’agit d’en appeler à la responsabilité collective de méditer sur le sens (en mobilisant pour cela les ressources de la sociologie des relations de pouvoir), les procédés et les effets (directs et collatéraux) des délibérations de la commission d’appel au groupe du CNU.

Je souhaite préciser que ce texte a été posté en octobre 2013, sur la liste ANCMSP sans intentions précises de "suite à donner" à sa publication. Pensant néanmoins que, même si elles relèvent d’une perception personnelle, certaines choses méritent d’être dites… et qu’elles sont d’ailleurs peut être partagées par d’autres.... J’invitais donc celles et ceux pour qui ce serait le cas à procéder selon le système "creative commons", c’est à dire à s’emparer de l’outil et à en disposer comme bon leur semble. J’avais suggéré à ceux qui seraient réticents à s’exprimer publiquement, que la communication "hors liste" était bien entendu possible... De fait, tous ceux qui m’ont répondu ont choisi cette option, mis à part une MCF (pour qui il n’y avait pas d’enjeu).

Ma seule suggestion est de soumettre à concours, la question posée au début du texte ... laissant à l’inventivité de toutes et tous, le soin de proposer les critères visant à déterminer les meilleures réponses et la nature des récompenses à attribuer aux heureu(x)ses gagnant(e)s.

Je reproduis ci-dessous mon récit suivi de deux post-scriptum : dans le premier, j’ai précisé ma position, face à un interlocuteur qui y a réagi en reprenant les termes du débat (très animé il y a quelques mois) sur le maintien de la procédure de qualification. Dans le second, j’actualise les résultats de la procédure de qualification pour l’année 2014 (eh oui, j’ai remis çà)

[…] dans l’histoire de la pensée, […] il est vrai que tout progrès, devenu dogme, se change graduellement en obstacle »

Elisée Reclus, L’Homme et la terre. Tome I.

« Quelle différence épistémologique établissez-vous entre la géographie humaine et la sociologie ? »

Il y a un flottement et tout s’embrouille dans ma tête. É-pis-té-mo-lo-gie, gé-o-gra-phie-hu-mai-ne, so-cio-lo-gie, les mots résonnent, couvrant le murmure de la petite voix intérieure qui me conseille de répondre que, cette question n’ayant rien à voir avec mes travaux de recherche, je n’y ai pas vraiment réfléchi et qu’à vrai dire, dans le contexte dans lequel elle m’est posée, je m’en tamponne le coquillard ! Au lieu de çà, je tente une réponse oiseuse, une de celles dont on perçoit le ridicule au moment même où on l’énonce, une qui s’inscrit parmi les épisodes qu’on voudrait vite oublier mais dont on sait par avance que le sentiment d’humiliation qu’il a suscité vous poursuivra longtemps.

« Pas d’autres questions ? Nous vous remercions, Madame. » En répondant « moi aussi » du tac au tac, je me raccroche à la sensation, bien dérisoire, d’avoir assené le coup de pied de l’âne et réussi par cet évident mensonge à faire prendre conscience à l’auditoire, de l’absurdité de la situation. Rassemblant maladroitement mes notes éparpillées, je quitte la salle non sans trébucher avant d’atteindre la porte, sur le dénivelé de l’estrade.

Enfin dehors, me vient à l’esprit le souvenir du jour où Monsieur G. – mon professeur d’histoire-géographie en classe de 4ème au collège, qui aimait humilier les « têtes » qui ne lui revenaient pas – a appelé au tableau Sylvie P. et l’a interrogée sur le climat « propice à la culture des spaghettis ». Terrorisée à l’idée que contourner le piège reviendrait à défier l’autorité, l’élève après un long silence, avait risqué d’une toute petite voix : « climat méditerranéen ». Jubilation du professeur qui invita l’auditoire à partager son hilarité ! Après cet épisode, la classe entière décida de rester de marbre face aux saillies récurrentes de Monsieur G. À l’occasion suivante, seul le « fayot » de la classe risqua un ricanement….et paya à la sortie du cours l’audace d’avoir dérogé à la consigne collective : profitant lâchement de notre supériorité en taille nous suspendîmes le petit gnome au porte-manteau.

Plus de 35 ans après, un peu tendue mais à cent lieues de penser que cette douloureuse histoire est sur le point de refaire surface dans ma mémoire, je suis arrivée très en avance au Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche. Convoquée à 17 heures je dois être auditionnée par la « Commission d’appel au Groupe » du CNU, chargée d’examiner les dossiers des candidats dont la demande de qualification au poste de Maître de conférences a été rejetée par deux fois. L’intitulé à rallonge est à la mesure de la longue procédure qui mène à cette audition. Deux mois pour la demande d’appel, puis deux autres avant que soient envoyées les convocations et nommés les deux rapporteurs (pour lesquels il faut reconstituer un dossier aussi volumineux – et également couteux ! – que celui exigé pour la qualification). Enfin, les mois d’été se passent dans l’attente de cette échéance. Des attendus de l’exercice aucune information ne perce. Le portail « Galaxie » mentionne laconiquement que les candidats ne pourront pas disposer de moins de dix minutes. Voilà qui est rassurant !

Le moment fatidique arrive enfin. Alors que j’avais imaginé un entretien avec mes deux rapporteurs, je me vois introduite dans un amphithéâtre, où plongé dans la pénombre, siège tout un aréopage. Je suis invitée par une sorte de maître de cérémonie à m’installer « au bureau », éclairé par une lumière crue qui contraste avec l’atmosphère tamisée de la salle. Engoncés dans leurs sièges, les présents n’ont pas l’air de mesurer les sensations qu’un tel décor, pourrait éventuellement susciter chez un(e) candidat(e) ayant fui les persécutions d’un régime dictatorial. Un chercheur sur les procès staliniens pourrait aisément imaginer qu’il s’agit là d’une mise en condition en vue d’une séance d’observation participante.

Commence alors une performance qui relève plus du Speed dating que de la présentation scientifique… Au pas de course, je débite la synthèse, préalablement soigneusement calibrée au temps imparti, de la nature de mes recherches. Bien que certaine « d’être dans les temps », j’aperçois du coin de l’œil, mon voisin qui désigne sa montre… Par avance convaincue que cet exposé est totalement inutile (puisque les rapporteurs ont pu consulter mon dossier et mon mémoire de thèse), et plus encore qu’il soit nécessaire d’expliciter pourquoi j’ai fait appel à cette commission, c’est donc sciemment que je ne consacre que deux phrases…à expliquer combien je regrette que ce soit l’insuffisance d’expérience d’enseignement qui a motivé le rejet de ma demande de qualification…pour enseigner ! Les dix minutes écoulées, je suis presque soulagée de ne pas avoir eu le temps de dire ce qui est aisément visible (surtout sous le feu des projecteurs) : qu’à 50 ans, les probabilités d’être recrutée comme ATER sont minces, voire inexistantes. Les nombreux dossiers présentés dans ce sens et qui n’ont pas abouti me permettent d’en parler en connaissance de cause… Une tentative réitérée l’an prochain me mènera à 2015, soit plus de quatre ans après avoir soutenu ma thèse… situation qui à son tour impliquera l’obligation supplémentaire de justifier le pourquoi… etc.… Bref, dans ces conditions, autant renoncer d’emblée.

La première « question » qui m’est soumise après mon exposition enfonce le clou. Accompagnée d’une remarque appuyée sur la « bibliographie trop succincte » de mon mémoire de thèse – faiblesse mentionnée mais par ailleurs nuancée dans le rapport de soutenance – une des « rapporteuses » désignée s’enquière de mes motivations à demander une qualification en sociologie (et non pas dans une autre discipline). Cette approche me déroute, tant il me semble relever de la logique élémentaire de postuler en premier lieu dans la discipline pour laquelle on a obtenu son diplôme… Je sais par ailleurs, pour l’avoir tenté en géographie – et la rapporteuse ne peut l’ignorer – qu’une demande de qualification dans une autre discipline doit être accompagnée d’une justification, étayée là aussi moins par le contenu de la recherche que par des acquis fondés sur une expérience préalable d’enseignement. On me suggère donc « d’aller me faire voir » chez les géographes ? Mais pourquoi ces derniers seraient-ils plus enclins à qualifier une sociologue dont les sociologues n’ont pas voulu ?

De toute façon, la question suivante – dont il est fait mention plus haut – fait office d’arme de dissuasion destinée à mettre un point final à l’entretien et à mes prétentions d’intégrer un jour le docte cénacle de l’université française. En effet, est-il vraiment raisonnable d’envisager qu’on puisse répondre de manière correctement argumentée et sur le fond (comme requis par celui qui l’a formulée) dans un contexte où le président de séance trépigne à vos cotés, et vous presse d’écourter vos explications. Par ailleurs, au regard de l’abondante littérature sur le sujet, il est permis de se demander en quoi (en admettant qu’il soit inspiré par le sujet) la réponse forcément lapidaire d’un candidat, contribuerait à démontrer sa capacité à enseigner et à transmettre les connaissances qu’il maitrise effectivement ? À priori, il ne s’agissait pas d’évaluer le bien fondé des raisons qui ont motivé le rejet de ma demande de qualification, car dans ce cas, il aurait sans doute été plus pertinent d’examiner pourquoi, aux yeux du président de la Commission, l’avis « plutôt défavorable » émis par l’un des rapporteurs l’a emporté sur celui « favorable » de l’autre.

En juin dernier, nourrissant l’espoir d’échapper à une démarche fastidieuse, j’avais suivi avec un certain intérêt les débats enflammés autour du projet de suppression de la procédure de qualification ; sans d’ailleurs parvenir à me faire une opinion tranchée sur la question. Au regard de l’expérience vécue, il me semble qu’il y a matière à s’interroger sur la finalité même du maintien de cette formalité. S’agit-il de donner au candidat à la qualification l’opportunité de faire valoir l’utilité de partager (par l’enseignement) ses travaux ? Dans ce cas, il conviendrait de lui donner les moyens de s’expliquer sur ce thème précis et non de lui demander d’exposer au jury si son cœur balance plus vers la sociologie ou vers la géographie.

Finalement ma dernière carte consistait à émettre l’hypothèse que le déclin d’intérêt actuel pour les travaux sur le monde rural, (dans les sciences humaines en général) avait peut être desservi ma candidature. Évidemment mon intention n’était pas d’amorcer dans un tel lieu et dans une telle occasion, un débat sur les orientations de la recherche en sciences sociales et sur son abandon de ce « champ » (aux agronomes bien sûr, ou comme au sein de mon institut d’étude du développement, aux gestionnaires et aux économistes, voire aux économètres). Mais j’attendais, face au constat de la criante crise de vocations pour la sociologie rurale, tout de même plus d’écho qu’une moue semblant partager le constat mais en attribuer la faute à « pas de chance » !

Dois-je m’en accommoder… et me recycler sur des thèmes plus porteurs ? Orienter mes recherches sur l’étude de la précarité ne serait-elle pas une voie toute trouvée ? De fait, la qualification pour les minimas sociaux, obtenue avec brio depuis deux ans déjà, me confère un considérable avantage quant à la connaissance de ce terrain, indéniablement sociologique, puisque j’en serais, pour ainsi dire, à la fois « l’objet » et « le sujet ». Voilà bien là la vraie question : Combien de temps encore, exigera-t-on de nous des justifications fumeuses à propos de notre « vocation », alors qu’elles ne servent qu’à couvrir d’un voile pudique l’indicible réalité de bien des chercheurs précaires, pour qui l’accès à la qualification (sans garantie d’ailleurs d’être postérieurement recrutés) pourrait néanmoins constituer une (petite) lueur lointaine dans l’obscur tunnel de la précarité ? Alors, après avoir été soumis à l’injonction : « débite ton laïus et pisse tes mots », logiquement tu rumines et après coup t’épices tes mots et tu craches dans la soupe !

[Anonyme]


P.S : A vrai dire, mon texte prétendait moins se prononcer sur le bien fondé ou non du maintien de la procédure de qualification qu’attirer l’attention sur la manière de procéder de la commission d’appel (et bien entendu il ne s’agissait pas de prendre quiconque à témoin pour plaider la recevabilité ou non de mon dossier). Il est tout de même surprenant qu’une procédure "d’appel" prenne une forme inquisitrice et humiliante et dans cette mesure, il me semble bien faible d’utiliser le terme "déception" pour décrire l’état d’esprit du candidat à la sortie de l’audition.

Je comprends bien, les enjeux et la position de principe consistant à défendre la procédure de qualification, mais on est en droit de se demander si, dans ce cas, la pratique ne dessert pas le principe... Qui pourra de façon crédible continuer de défendre, au nom de l’équité, une procédure qui se déroule dans ces conditions ? "Dégueulasse", "farce", "mascarade" sont quelques uns des commentaires qu’a suscité mon récit parmi le cercle réduit de personnes qui en a pris connaissance (la plupart MCF et pas des candidats déboutés, animés par la rancœur). En ce qui me concerne, le malaise s’est accru après la lecture du rapport d’activité de la section 19 du CNU... Inutile de dire, qu’au regard de l’expérience (qualitative) que j’ai pu en faire, l’étalage de statistiques et les déclarations de respect de principes éthiques ne m’ont pas vraiment convaincue.

Enfin, l’argument en faveur du processus de qualification mettant en avant l’évaluation par une seule instance au niveau national me semble fallacieux, car le fait d’être qualifié n’exempte pas, que je sache, les candidats de postuler comme maitre de conférence dans diverses universités... dont on imagine mal qu’elles n’exigent pas, elles aussi, un dossier, une audition...etc. (il faut voir la quantité de paperasse exigée pour un malheureux poste d’ATER). Il s’agit donc là d’un premier "écrémage" qui divise les titulaires d’un même diplôme en deux catégories : ceux qui peuvent postuler et ceux qui ne le peuvent pas et sont condamnés à rester précaires ou (pour poursuivre dans la métaphore laitière) à changer de crèmerie.

P.P.S. Malgré cette expérience traumatisante, j’ai tout de même décidé de "remettre çà" cette année... et suivant les conseils qui m’avaient été donnés par le docte "groupe", j’ai demandé à être qualifiée en section 23 (en géographie, donc)... Le résultat vient de tomber : "Hors section"... CQFD ?



Commentaires

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mercredi 6 août 2014 à 12h48 - par  Vadim

Procédure de qualification de l’Université française : une corruption légalisée qui a coûté 1 000 000 000 € en quelques décennies, Procédure de qualification de l’Université française : une corruption légalisée qui a coûté 1 000 000 000 € en quelques décennies, "Enquête et Débat". Par Anatoly Livry

http://www.enquete-debat.fr/archive...

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dimanche 4 mai 2014 à 18h44 - par  Thomas

Il ne faut pas penser que le CNU est une super instance capable de débusquer les bons des mauvais au nom de l’intérêt supérieur de la science. Les intérêts sont tout autres. C’est une instance de reconnaissance, ultra normée (tous les qualifiés tendent à se ressembler) et ultra disciplinaire (ceux reconnus comme faisant partie de la maison, la représentation de la discipline). Aussi seul ceux qui sont déjà légitimités sont qualifiés. Les connivences inavouées, les amitiés, la réputation, la discipline (dans tous les sens du terme), la reconnaissance du même (davantage que la promotion de la diversité) sont monnaie courante. Il y a bien des poches de résistance mais la force d’inertie de l’institution (qui plus en est dans une situation de crise) est telle que les indisciplines, les originalités, les minorités sont motifs à exclusion. Naturellement la norme est tout à fait rationalisée (dans la mise en place de critères "objectifs" : le candidat est-il agrégé ? Est-il normalien ? qui sont les bornes de la normalisation) mais dans sa grande mansuétude, le CNU n’a pas tellement besoin de se justifier.

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Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

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An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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