Comment Pôle emploi guette ces surdiplômés

Sudouest.fr | par Bruno Béziat | 04/01/2103
mercredi 27 février 2013
par  antonin
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Effet pervers de la loi Sauvadet, scientifiques, chercheurs et docteurs sont peu à peu poussés hors des laboratoires publics faute de postes pérennes.

Ce sont des précaires de luxe, des candidats à Pôle emploi dont le CV dépasse le bac + 8. Ils sont chercheurs, scientifiques, peuvent se vanter d’avoir un doctorat en poche, une expérience de plusieurs mois ou années dans de prestigieux laboratoires de recherche publics français. Dans n’importe quel pays riche anglo-saxon, on leur proposerait un très bon salaire pour exercer leurs talents. En France, ils risquent tout simplement d’être « virés » dans les mois qui viennent. Et c’est déjà une réalité pour nombre d’entre eux.

À l’origine de cette aberration, la précarité croissante depuis plusieurs années dans la fonction publique, et particulièrement l’Éducation nationale. Car c’est bien le secteur public, et beaucoup moins le privé, qui fait se côtoyer statuts ultraprotégés et personnels les plus précaires. L’incertitude est souvent le lot de tous ceux qui n’ont pas atteint le Graal de la titularisation. Toutes les catégories sont concernées, y compris des scientifiques de haut niveau.

 Une hémorragie

C’est paradoxalement une loi censée lutter contre la précarité galopante dans la fonction publique qui y plonge désormais une bonne partie d’entre eux. La récente loi Sauvadet [1] - voulue et approuvée par le gouvernement précédent - a effectivement permis la titularisation de nombreux personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche, ou bien la transformation de leurs CDD en CDI.

Mais cette loi a des effets pervers. Pour accéder à ces emplois stables, il faut répondre à un certain nombre de critères. Les employeurs publics ne veulent plus prendre le risque d’avoir à titulariser de jeunes chercheurs, faute de postes, et refusent désormais de prolonger des CDD, comme cela se pratiquait avant la loi Sauvadet. Le directeur général délégué de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) écrit ainsi à l’attention de ses responsables de centre dans un document Internet du 12 juillet 2011 : « Ces emplois n’ayant donc pas vocation à devenir pérennes, le principe d’une présence limitée dans le temps des collaborateurs sous statut contractuel est réaffirmé. Il s’agit de maîtriser collectivement un risque lié à la transformation possible d’un emploi à caractère temporaire en charge permanente, face à une ressource qui reste temporaire. »

Autrement dit, lorsque certains trouvent leur bonheur et une stabilité grâce à la loi Sauvadet, la plupart sont poussés irrémédiablement vers la sortie, afin de ne plus installer dans la durée des contrats temporaires. 50 000 précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche ont ainsi signé une pétition, dont environ 15 % de « post-doc », ces scientifiques de haut niveau. Ils ont aussi manifesté ces dernières semaines dans huit grandes villes de France.

Laure Villate, en CDD à l’Inra, en fait partie. Elle a déjà défilé, avec d’autres, pour protester contre cette « hémorragie », « ce départ d’agents qui avaient été embauchés pour leurs compétences ». « Même lorsque le projet de recherche est financé, l’employeur public ne veut plus prolonger les contrats », déplore-t-elle.

 « Derrière, il y a des vies »

Anne Hosy travaille également à l’Inra depuis un an et demi, après une thèse à Montpellier. « Ce sont des situations anxiogènes. Nous n’avons aucune visibilité sur l’avenir. On risque de nous mettre dehors. On ne sait pas si les contrats seront prolongés. Derrière tout cela, il y a des vies personnelles, des familles, des locations, des emprunts. »

Pour Julien Chuche, post-doc depuis 2010, le contrat est terminé. Il a pour l’instant trouvé, non sans difficulté, une solution de rechange dans le privé. « Le problème de la France, c’est que les diplômés des écoles sont bien plus reconnus sur le marché du travail privé que ceux de l’université. Donc, il nous est très difficile de retrouver un emploi. » « D’autant que d’autres employeurs nous refusent parce que nous sommes trop diplômés », ajoute Laure Villate.

Ce collectif de précaires a participé aux récentes Assises de l’enseignement supérieur et de la recherche, en présentant ses revendications. Des délégations ont été reçues au ministère dirigé par Geneviève Fioraso. « Il y a de l’écoute de la part de la ministre. On espère que cela se concrétisera avec la création de postes pérennes et la prise en compte de ces difficultés liées à la loi Sauvadet. »

Une nouvelle loi sur l’enseignement supérieur et la recherche est attendue pour le mois de juin. Un mince espoir pour ces scientifiques plus proches de Pôle emploi que du prix Nobel.

par Bruno Béziat


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Photo : "Ils sont tous les trois doctorants de l’Inra et s’inquiètent pour leur avenir." (photo fabien cottereau)


[1] Pour un historique de sa mise en œuvre dans l’Enseignement supérieur et la Recherche lire cet article



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Salaire des vacataires de l’Université Paul Sabatier : ça s’arrange

samedi 25 mars

La situation semble s’arranger pour près de 600 vacataires du département des Langues vivantes et gestion (rattaché à la faculté des sciences et de l’ingénierie) de l’université Toulouse 3 Paul Sabatier, qui attendent d’être rémunérés pour le premier semestre. « Le paiement pour les 600 vacataires doit être effectif fin mars, nous a-t-on assurés à la vice-présidence de l’université, a expliqué Julie, vacataire et porte-parole. Ça doit nous être confirmé par communiqué et on espère aussi que ce sera moins compliqué pour payer le deuxième semestre. » [...] La porte-parole de ce mouvement de contestation, qui se félicite des avancées sur ce dossier par l’université Paul Sabatier, veut porter la discussion plus loin. « On demande en effet, explique Julie, des efforts sur le système de paie, peut-être faut-il aussi revoir la fréquence de paiement des vacataires, parce qu’être payé tous les six mois, c’est difficile pour beaucoup. Il est aussi peut-être temps de requalifier le métier de vacataire. J’ai bon espoir de voir les lignes bouger ». par Gérald Camier, La Dépêche, 23/03/2017

600 enseignants-vacataires de l’université Paul Sabatier attendent d’être payés

lundi 20 mars

Environ 600 vacataires de l’Université Toulouse III Paul Sabatier, soit des enseignants non titulaires, attendent toujours le versement de leur salaire pour le premier semestre qui devait intervenir en janvier dernier. La plupart des vacataires sont de nationalité anglaise, espagnole, allemande et doivent obligatoirement avoir un autre emploi à côté de l’université pour compléter leurs revenus.

L’université, dont le service des ressources humaines invoque un bug informatique sur le nouveau logiciel de paie, indique que le retard serait « de deux à trois mois » selon les cas, « voire six mois », selon une vacataire. Pour Jean-Pierre Vinel, le président de l’université, « il n’a jamais été question de ne pas payer les vacataires, c’est juste une question de retard de paiement ».

[La Dépêche, par Gérald Camier, 17/03/2017]

Sur le Web : Lire sur ladepeche.fr

C. Villani : "on arrive à se sentir étouffé"

dimanche 5 février

[Interview de C. Villani, The Conversation, 30/01/2017]
Revenons en France avec une question beaucoup plus terre à terre : un jeune docteur en mathématique qui vient d’enchaîner un ou deux postdoc à l’étranger décroche un poste de chargé de recherche ou de maître de conférence. Il débute alors sa carrière avec un salaire de 1 800 euros net par mois. Comment qualifier cette situation et comment l’améliorer pour créer des vocations ?

C.V. : Malgré ce salaire peu reluisant, le statut du CNRS reste attractif pour sa grande liberté. Si l’on veut garder son attrait à la profession, il est important de travailler sur le reste : en premier lieu, limiter les règles, les contraintes, les rapports. Je donnerai un exemple parmi quantité : le CNRS vient de décider qu’il refuse tout remboursement des missions effectuées dans un contexte d’économie partagée : pas de remboursement de logement Airbnb, ni de trajet BlaBlaCar… De petites contraintes en petites contraintes, on arrive à se sentir étouffé. Le simple sentiment d’être respecté et de ne pas avoir à lutter pour son budget, par ailleurs, pourra jouer beaucoup. Par ailleurs, il est certain qu’une revalorisation salariale ou d’autres avantages pour les débuts de carrière seront bienvenus.

Les universités vont continuer à geler des postes en 2017

lundi 28 novembre 2016

La crise budgétaire des universités françaises continue depuis leur passage à l’ "autonomie" avec comme conséquence directe l’utilisation de la masse comme variable d’ajustement. Comment diminuer la masse salarial ? Embaucher des contractuels au lieu de titulaires, demander et ne pas payer des heures supplémentaires aux enseignants-chercheurs titulaires, supprimer des postes d’ATER et des contrats doctoraux ou encore geler des postes. Mais que signifie "geler des postes" ? Il s’agit de ne pas ouvrir à candidature des postes de titulaires ouverts par le ministères. Depuis 2009, 11.000 postes ont été gelés dans les universités dont 1200 les cinq dernières années. En 2017, ce processus continuera dans de nombreuses universités : Paris 1, Toulouse Paul Sabatier, Reims, Paris-Est Créteil, Dijon, Orléans, Brest, Paris 8, Bordeaux 3, Artois, Bretagne-Sud, Lyon 3, Limoges, Pau, Paris-Est Marne-la-Vallée.

New Analysis of Employment Outcomes for Ph.D.s in Canada

Thursday 5 February 2015

An analysis of where Canada’s Ph.D.-holders are employed finds that just 18.6 percent are employed as full-time university professors. The analysis from the Conference Board of Canada finds that nearly 40 percent of Ph.D.s are employed in higher education in some capacity, but many are in temporary or transitional positions. The other three-fifths are employed in diverse careers in industry, government and non-governmental organizations: “Indeed, employment in diverse, non-academic careers is the norm, not the exception, for Ph.D.s in Canada.” - Inside Higher Edu, January 8, 2015

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