Les précaires s’adressent à G. Fioraso

{Sciences²} | 30 novembre 2012 | par Sylvestre Huet
mardi 4 décembre 2012
par  antonin
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Les collectifs d’ingénieurs, enseigneant et chercheurs précaires de l’Université et de la recherche m’ont fait parvenir un communiqué. Ils y exposent leur point de vue sur leur situation après la tenue des Assises de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Lire ici une note sur la conclusion des Assises.

Voici ce communiqué :

Les collectifs de précaires participent aux assises de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche les 26 et 27 Novembre 2012.

Les 50 000 précaires de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR) étaient représentés aux Assises de l’ESR par 4 représentants (Post-doc et ITA) de collectifs locaux de lutte contre la précarité. Ces représentants ont porté les revendications communes à tous les collectifs au niveau national. En parallèle, les collectifs locaux de précaires ont manifestés le 26 Novembre dans les rues de Marseille, Nice, Toulouse, Montpellier, Bordeaux et Paris. Ces manifestations qui ont rassemblé des milliers de titulaires et non titulaires avaient comme objectif de rendre publiques les revendications des collectifs de précaires, soutenues par des organisations syndicales (FSU (SNESUP – SNCS – SNASUB – SNEP) - CGT (SNTRS) - Solidaires (Sud Education – Sud Etudiant - Sud Recherche EPST - Sup’Recherche UNSA)) et professionnelles (Sauvons La Recherche et Sauvons l’université).

Conscients qu’un CDD peut être une étape nécessaire dans le développement d’une carrière, nous protestons contre le recours systématique aux contrats à durée déterminée, et surtout contre la tendance actuelle à l’enchaînement des CDD pendant plusieurs années, tout cela au détriment de la création de postes de titulaires. Ainsi nous ne pouvons que nous insurger contre l’augmentation du nombre d’agents en CDD dans nos laboratoires depuis la création de l’ANR (+26.6 % de CDD au CNRS), qui conduit, dans certains instituts, à avoir plus de personnel contractuel que statutaire.

Lors de ces Assises de l’ESR, les réactions qu’ont suscitées nos interventions ont montré qu’il existe encore parmi la communauté scientifique une sous-évaluation du problème. Même M. Pierre Tambourin, membre du comité de pilotage des Assises, avouera avoir été surpris par le chiffre pourtant avéré de 50 000 précaires dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche publique (10300 au CNRS, 3561 à l’INSERM, 2380 à l’INRA, 28000 à l’université rien que pour le corps enseignant, sans compter les précaires à l’IRD, INRIA, IRSTEA).

De peur d’avoir à les CDIser (conséquence de la loi Sauvadet), les établissements de recherche se sont armés de circulaires interdisant la reconduction des contrats d’agents ayant plus de 3 ans d’ancienneté dans l’ESR (alors que la loi de 1984 leur permet d’être employé pendant 6 ans dans la fonction publique) et ces organismes se séparent donc des agents qu’ils ont pourtant embauchés pendant des années pour leurs grandes compétences. Ce gâchis est inacceptable pour les agents, et représente une perte considérable pour les organismes de recherche et les universités, qui se privent ainsi d’une génération entière de personnel hautement qualifié. À l’évidence, le départ de ces agents et de leur savoir altérera durablement et profondément le fonctionnement des laboratoires si l’hémorragie n’est pas circonscrite rapidement.

Si le Ministère de l’ESR prend progressivement conscience de l’ampleur de la situation et laisse envisager des solutions à long terme dont l’étendue reste à préciser, il semble qu’aucune solution d’urgence ne soit pour l’instant prévue pour enrayer le dégraissage massif et quotidien des CDD. La nécessité de répondre au plus vite à cette hémorragie a d’ailleurs été totalement occultée lors de la synthèse de ces Assises nationales.

Dans son discours d’ouverture des Assises Nationales, Jean Marc Ayrault a énoncé la ligne gouvernementale concernant l’Enseignement Supérieur et la Recherche, qu’il souhaite empreinte d’« ambition mais en même temps [d’] une certaine idée de la France d’être ensemble, de justice et il n’y a pas de compétitivité économique sans compétitivité sociale, sans promotion de certaines valeurs qui sont celles de la République française ». Il nous semble aujourd’hui évident que le premier acte fondateur de cette orientation politique de la recherche doit être la résolution du problème de la précarité à la fois à court et à long terme.

Nos revendications sont les suivantes : - Une mesure d’urgence pour mettre un terme immédiat au dégraissage des CDD, et donc la reconduction de tous les contrats financés. - La mise en œuvre d’un plan pluriannuel de création de poste pour toutes les catégories : au moins 5000 postes par an pendant 5 ans financés entre autres par les moyens que l’ANR consacre aux CDD ainsi que par les abattements fiscaux dont bénéficient les grandes entreprises par le biais du Crédit Impôt Recherche. - La CDIsation ou titularisation de tous les agents entrant dans le cadre de la loi Sauvadet, sans que ces postes ne soient prélevés sur les créations de postes citées précédemment.

Les collectifs de précaires espèrent que ces revendications seront entendues et suivies à court terme de mesures politiques et juridiques concrètes. Ils attendent d’ailleurs du rendez-vous pris avec la ministre le 4 décembre que celui-ci permette des avancées significatives pour faire face à cette situation dramatique que connaît l’ESR.

Par Sylvestre Huet


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Brèves

Le vieux lion est mort

vendredi 14 octobre 2016

C’est avec grande tristesse que nous apprenons la disparition d’Henri-Edouard Audier. Henri était un pilier dans la lutte pour défendre l’Enseignement supérieur et la recherche en France. Cette pugnacité dont il faisait preuve était accompagnée d’une précision dans ses propos grâce à sa grande connaissance des rouages du système. Par son admirable travail d’analyse, il nous a permis de nous défendre avec rigueur contre les effets de communication et de manipulation des différents gouvernements. Il pouvait analyser d’un côté des chiffres budgétaires de tout l’ESR avec une admirable précision et d’un autre côté soutenir la cause des précaires de la recherche. Nous n’oublierons jamais le soutien qu’il a apporté à PAPERA et de sa grande prévenance lors de nos différentes discussions avec lui. Il nous manquera à tous.

A lire le Texte d’Alain Trautmann

Universités : Victoire à Paris 8, grève à Paris-Est

mardi 7 avril 2015

[Politis, Par Ingrid Merckx - 3 avril 2015]

11 semaines. Il aura fallu tenir 11 semaines de grève pour que les bas salaires de l’Université de Paris 8 obtiennent gain de cause.

Le 3 avril, le Collectif des bas salaires a décidé de suspendre le mouvement.

« Si le conflit a duré au-delà de la seconde proposition de la présidence, à savoir le rehaussement à hauteur de 70 euros bruts pour l’ensemble des catégories C titulaires, c’est parce que cette proposition a été jugée insuffisante et n’incluait pas les contractuels « sur fonctions non pérennes ». Elle a été rejetée massivement par l’ensemble des personnels présents à l’assemblée générale qui s’est tenue le 5 février. (...)

A l’issue du conflit qui a opposé le collectif des bas salaires à la direction, les négociations ont permis d’acter une augmentation de 70 euros bruts minimum pour l’ensemble des personnels titulaires et contractuels sur fonctions pérennes. »

Nouvelles de la mobilisation des vacataires de Lyon 2

vendredi 6 mars 2015

[Le Progrès, 04 mars 2015, M.F.] (...) Selon Jean-François Goux, vice-président aux finances, il ne reste plus que 11 contrats non signés et ils le seront au plus tard ce vendredi. Sur ce volet, la situation des enseignants vacataires s’améliore mais ceux-ci réclament aussi de meilleures conditions de travail, notamment des TD moins chargés, ainsi que l’exonération de leurs frais d’inscription en tant qu’étudiants. Ils maintiennent la pression en refusant de transmettre les notes des étudiants à l’administration. Selon un vacataire, une cinquantaine de vacataires suit cette consigne. Jean-François Goux ramène ce chiffre à une dizaine, tout en admettant qu’il ne parvient pas à obtenir des données précises auprès des composantes les plus mobilisées. En ce qui concerne l’exonération, impossible de prendre une décision seulement à Lyon 2, répond-il en substance. Cela s’inscrit dans une politique de site, et doit être commun au sein de l’université de Lyon. D’après une enseignante vacataire, les jurys sont aussi suspendus dans quatre composantes : sociologie, anthropologie, sciences politiques, économie. Il s’agit d’un soutien politique à nos revendications » affirme-t-elle. Après le rassemblement du matin, une assemblée générale est prévue au sein de la grande université lettres et sciences humaines.

Retenues de notes à Paris Sud

samedi 14 février 2015

Les enseignants de biologie de l’Université Paris Sud ont décider en signe de protestation de procéder à une retenue des notes des examens. Depuis la semaine dernière, il y a eu deux assemblées générales qui ont réunies 250 puis 350 personnes (pas seulement en biologie mais majoritairement). Les étudiants et les personnels (2/3 vs 1/3) mobilisés ont ensuite interpeller directement le président sur la mise en place d’un budget d’austérité sur Paris Sud. En effet, même à Paris Sud qui a un budget moins serré que d’autres universités, la situation s’aggrave d’année en année. La mesure "phare" de l’année étant la suppression de tous les ATER (Attachés Temporaire d’Enseignement et de Recherche).

La mobilisation continue et l’AG du 12 février a proposé un évènement parisien pour la première semaine du mars auquel d’autres universités pourraient se joindre...

Lyon 2 : les enseignants vacataires poursuivent la grève

jeudi 12 février 2015

Lors de l’Assemblée générale de ce mercredi, les vacataires de Lyon 2 ont décidé de reconduire leur grève jusqu’au vendredi 13 février inclus. Il faut dire que les grévistes avaient fait part de leurs revendications (pas de contrat, ni de rémunération pour certains vacataires depuis la rentrée de septembre) à la présidence de l’Université et que la réponse avait été jugée « insatisfaisante ». « La présidence esquive ses responsabilités en rejetant la faute à des niveaux administratifs inférieurs ou supérieurs sans assumer ses choix politiques budgétaires », dénonce le collectif des vacataires de Lyon 2. Au-delà de ce constat général, une réponse détaillée sera apportée collectivement à la direction des ressources humaines ce jeudi à 10h.
[Lyon Mag, 04/02/2015]

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