Appel des 50 000

2012 : quel changement pour les 50 000 précaires de l’ESR ?
lundi 10 décembre 2012
par  antonin
7 votes

Aucun changement n’est prévu visiblement... La précarisation galopante de l’enseignement supérieur et de la recherche depuis de nombreuses années, amplifiée au cours du dernier quinquennat (CDD, vacations, travail au noir, libéralités, statut d’auto-entrepreneur...), est la grande oubliée des Assises de l’ESR. Alors que les précaires se mobilisent depuis longtemps (encore récemment à Montpellier, Nice, Toulouse, Strasbourg, Poitiers, Nantes...), ils et elles n’apparaissent qu’à la marge du premier texte de synthèse diffusé par le Ministère :

  • Aller « dans le sens de la simplification et dans celui de la coopération, à l’opposé des concurrences » entre établissements et entre équipes ? Oui ! mais pourquoi pas aussi celles des statuts d’emploi contre l’individualisation des carrières ? Le remplacement des postes titulaires par des vacations (payées à l’heure, sans droit au chômage ni aux congés payés) et des CDD (le plus souvent courts, sous-payés et rendant impossibles les progressions de carrière) n’aide pas au développement des « coopérations »...
  • « Améliorer les méthodes pédagogiques et l’encadrement des étudiants » ? Bien sûr ! mais avec qui ? Quelques titulaires gérant la pénurie et une armée d’enseignant.e.s précaires changeant d’établissement et d’enseignements tous les six mois ? Des secrétaires qui doivent partir au bout de six mois ou un an, sans que leurs savoir-faire ne soient transmis aux suivant·e·s ?
  • « Revenir sur les effets de la systématisation du financement par projets » ? Évidemment ! mais s’il y a bien une « question de responsabilité des auteurs de projets et des employeurs », le problème de fond ne reste-t-il pas celui de l’épuisement des financements et des postes pérennes ?
  • « Faire des propositions concrètes contre le harcèlement sexuel » ? Il serait temps ! mais cela ne suppose-t-il pas de mettre fin à la précarisation généralisée qui favorise la reproduction des rapports de pouvoir, ce qui nuit particulièrement aux femmes et aux groupes discriminés ?

Le gouvernement est-il aveugle et inconséquent ? Un chapitre entier sur la précarisation aurait dû être prévu dans les thématiques prédéterminées par le Ministère, tant elle est au cœur de l’empilement des réformes récentes et gangrène l’ensemble de l’ESR. La précarisation est de plus en plus massivement partagée, elle est sur le point de devenir une norme qui met en cause l’égalité de traitement entre les individus et mine la liberté d’initiative propre au travail de recherche. Avec les statuts et les carrières, en France comme ailleurs (voir les mobilisations en Suisse, en Espagne…), ce sont les conditions de travail au quotidien qui se dégradent individuellement et collectivement, au détriment des missions de l’enseignement et de la recherche.

Le gouvernement est-il sourd et amnésique ? Cela fait des années que les précaires se battent pour faire entendre leurs voix, et la précarisation est depuis près de dix ans au cœur de luttes collectives :

* en 2004, pour refuser le remplacement d’emplois statutaires par des CDD, des directeur·trice·s de laboratoire avaient menacé de démissionner en masse. Le gouvernement de droite de l’époque avait alors créé 2 500 postes ! Alors que la Gauche planifie pour les années à venir la destruction des postes orchestrée par les Ministères Pécresse et Wauquiez.

* en 2009, la mobilisation des personnels universitaires et des étudiant·e·s nous a rassemblé·e·s pendant plusieurs mois. Elle a permis notamment de mener une enquête nationale sur la précarité dans l’ESR qui a montré qu’un quart des personnels occupaient alors un statut d’emploi précaire, c’est-à-dire environ 50 000 personnes sur l’ensemble du territoire. Des secrétaires, des cuisinier·e·s, des informaticien·ne·s embauché·e·s en CDD dix mois sur douze depuis parfois plus de dix ans : l’interruption des deux mois de vacances, sans salaire, permet aux universités de contourner l’obligation de pérenniser des contrats après six années d’embauche consécutives. Des enseignant·e·s rémunéré.e.s en vacations, mode de rémunération par lequel les établissements publics économisent sur les cotisations chômage de leurs personnels. Des docteur·e·s sans poste qui, courant après des contrats de quelques mois, s’éparpillent d’un objet de recherche à l’autre, contraint·e·s d’utiliser les indemnités de chômage pour financer leurs recherches entre deux contrats. Des ingénieur·e·s et des technicien·ne·s qui travaillent trois ans sur des plate-formes et sont remercié·e·s pour organiser une rotation des sans-droits.

Que reste-t-il aujourd’hui de nos revendications et de nos propositions dans les orientations prises par le gouvernement ? Que fait la Gauche, au pouvoir, des mouvements sociaux qui ont nourri la réflexion collective sur l’enseignement supérieur et la recherche ? Comment imagine-t-elle lutter contre les inégalités sociales et territoriales entre les étudiant·e·s en participant à la dégradation des universités et des laboratoires ? Les précaires doivent-ils payer le prix de « la crise » alors que l’ESR survit tant bien que mal depuis plusieurs années sur leur dos ?

Oublieuses des questions les plus urgentes, les Assises sont organisées à la hâte, sans réelle consultation des principaux acteurs et actrices de l’ESR et dans une telle opacité que les noms des personnes participant aux « comités de pilotage territoriaux » ne sont même pas rendus publics : sur le fond comme sur la méthode, elles sont un rendez-vous démocratique manqué.

Refusons de rester assis·es,
levons-nous pour faire entendre nos voix !

Pour une intégration immédiate des précaires bien au-delà des critères limitatifs de la loi Sauvadet.
Pour la création de 5 000 postes dès 2013, et l’établissement d’un plan pluri-annuel de création d’emploi (toutes catégories professionnelles).

Faire nombre offrira une alternative aux organisations, collectifs, organismes, individus... engagé·e·s malgré eux, malgré elles, dans les Assises : réapproprions-nous notre avenir !

Associez-vous à notre initiative en signant ici : http://www.precarite-esr.org/AppelD...


Rassemblons diagnostics et propositions au niveau de nos établissements et régions,
Et le 26 novembre prochain, premier jour des « Assises nationales », retrouvons-nous devant le Collège de France
pour fédérer nos propositions et nous imposer dans le débat !

AG des personnels du site CNRS Pouchet, Paris 17ème, octobre 2012

[/ contact : appeldes50000 gmail.com
facebook : http://www.facebook.com/appel.cinqu...
twitter : @appeldes50000
http://precaritepouchet.hautetfort.com//]

Avec le soutien de :

Association Française de Sociologie (AFS) ; Association Nationale des Études Féministes (ANEF) ; Association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP) ; Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique, section Alpes (SNTRS-CGT) ; SNTRS-CGT, section Ined ; SNTRS-CGT, section Jussieu ; SNTRS-CGT, section Pouchet ; CGT-Université Versailles Saint Quentin-en-Yvelines ; Collectif PAPERA (Pour l’Abolition de la Précarité dans l’Enseignement Supérieur, la Recherche et Ailleurs) ; Fédération de l’éducation de la recherche et de la culture-CGT (Ferc-Sup-CGT, Paris 8) ; Féderation Syndicale Unitaire, EHESS (FSU) ; SNESUP-FSU, section UPJV Amiens ; SNCS-FSU, Midi-Pyrénées ; Sauvons l’Université (SLU) ; Sauvons la Recherche (SLR).

Signez, faites savoir que vous signez, et faites signer...


Signer la pétition !

Le 26 novembre prochain démarreront les Assises nationales sur l’enseignement supérieur et la recherche, au Collège de France, à Paris. Pas un atelier thématique sur la précarité dans l’ESR ni même une ligne dans le rapport final ne sont prévus. Pour dénoncer cette grande absente de la "réflexion nationale sur l’ESR", signons en nombre L’APPEL DES 50 000 (ci-dessous) et soyons nombreux-ses le 26 novembre devant le Collège de France pour nous faire entendre.

L’AG des personnels du site CNRS Pouchet. Initiative soutenue par : Association Française de Sociologie (AFS) ; Association Nationale des Études Féministes (ANEF) ; Association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP) ; Syndicat national des treavailleurs de la recherche scientifique, section Alpes (SNTRS-CGT) ; SNTRS-CGT, section Ined ; SNTRS-CGT, section Jussieu ; SNTRS-CGT, section Pouchet ; CGT-Université Versailles Saint Quentin-en-Yvelines ; Collectif PAPERA (Pour l’Abolition de la Précarité dans l’Enseignement Supérieur, la Recherche et Ailleurs) ; Fédération de l’éducation de la recherche et de la culture-CGT (Ferc-Sup-CGT, Paris 8) ; Féderation Syndicale Unitaire, EHESS (FSU) ; SNESUP-FSU, section UPJV Amiens ; SNCS-FSU, Midi-Pyrénées ; Sauvons l’Université (SLU) ; Sauvons la Recherche (SLR).

Illustration : "Manipulation 2" par Igor Morski



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Brèves

Le vieux lion est mort

vendredi 14 octobre 2016

C’est avec grande tristesse que nous apprenons la disparition d’Henri-Edouard Audier. Henri était un pilier dans la lutte pour défendre l’Enseignement supérieur et la recherche en France. Cette pugnacité dont il faisait preuve était accompagnée d’une précision dans ses propos grâce à sa grande connaissance des rouages du système. Par son admirable travail d’analyse, il nous a permis de nous défendre avec rigueur contre les effets de communication et de manipulation des différents gouvernements. Il pouvait analyser d’un côté des chiffres budgétaires de tout l’ESR avec une admirable précision et d’un autre côté soutenir la cause des précaires de la recherche. Nous n’oublierons jamais le soutien qu’il a apporté à PAPERA et de sa grande prévenance lors de nos différentes discussions avec lui. Il nous manquera à tous.

A lire le Texte d’Alain Trautmann

Universités : Victoire à Paris 8, grève à Paris-Est

mardi 7 avril 2015

[Politis, Par Ingrid Merckx - 3 avril 2015]

11 semaines. Il aura fallu tenir 11 semaines de grève pour que les bas salaires de l’Université de Paris 8 obtiennent gain de cause.

Le 3 avril, le Collectif des bas salaires a décidé de suspendre le mouvement.

« Si le conflit a duré au-delà de la seconde proposition de la présidence, à savoir le rehaussement à hauteur de 70 euros bruts pour l’ensemble des catégories C titulaires, c’est parce que cette proposition a été jugée insuffisante et n’incluait pas les contractuels « sur fonctions non pérennes ». Elle a été rejetée massivement par l’ensemble des personnels présents à l’assemblée générale qui s’est tenue le 5 février. (...)

A l’issue du conflit qui a opposé le collectif des bas salaires à la direction, les négociations ont permis d’acter une augmentation de 70 euros bruts minimum pour l’ensemble des personnels titulaires et contractuels sur fonctions pérennes. »

Nouvelles de la mobilisation des vacataires de Lyon 2

vendredi 6 mars 2015

[Le Progrès, 04 mars 2015, M.F.] (...) Selon Jean-François Goux, vice-président aux finances, il ne reste plus que 11 contrats non signés et ils le seront au plus tard ce vendredi. Sur ce volet, la situation des enseignants vacataires s’améliore mais ceux-ci réclament aussi de meilleures conditions de travail, notamment des TD moins chargés, ainsi que l’exonération de leurs frais d’inscription en tant qu’étudiants. Ils maintiennent la pression en refusant de transmettre les notes des étudiants à l’administration. Selon un vacataire, une cinquantaine de vacataires suit cette consigne. Jean-François Goux ramène ce chiffre à une dizaine, tout en admettant qu’il ne parvient pas à obtenir des données précises auprès des composantes les plus mobilisées. En ce qui concerne l’exonération, impossible de prendre une décision seulement à Lyon 2, répond-il en substance. Cela s’inscrit dans une politique de site, et doit être commun au sein de l’université de Lyon. D’après une enseignante vacataire, les jurys sont aussi suspendus dans quatre composantes : sociologie, anthropologie, sciences politiques, économie. Il s’agit d’un soutien politique à nos revendications » affirme-t-elle. Après le rassemblement du matin, une assemblée générale est prévue au sein de la grande université lettres et sciences humaines.

Retenues de notes à Paris Sud

samedi 14 février 2015

Les enseignants de biologie de l’Université Paris Sud ont décider en signe de protestation de procéder à une retenue des notes des examens. Depuis la semaine dernière, il y a eu deux assemblées générales qui ont réunies 250 puis 350 personnes (pas seulement en biologie mais majoritairement). Les étudiants et les personnels (2/3 vs 1/3) mobilisés ont ensuite interpeller directement le président sur la mise en place d’un budget d’austérité sur Paris Sud. En effet, même à Paris Sud qui a un budget moins serré que d’autres universités, la situation s’aggrave d’année en année. La mesure "phare" de l’année étant la suppression de tous les ATER (Attachés Temporaire d’Enseignement et de Recherche).

La mobilisation continue et l’AG du 12 février a proposé un évènement parisien pour la première semaine du mars auquel d’autres universités pourraient se joindre...

Lyon 2 : les enseignants vacataires poursuivent la grève

jeudi 12 février 2015

Lors de l’Assemblée générale de ce mercredi, les vacataires de Lyon 2 ont décidé de reconduire leur grève jusqu’au vendredi 13 février inclus. Il faut dire que les grévistes avaient fait part de leurs revendications (pas de contrat, ni de rémunération pour certains vacataires depuis la rentrée de septembre) à la présidence de l’Université et que la réponse avait été jugée « insatisfaisante ». « La présidence esquive ses responsabilités en rejetant la faute à des niveaux administratifs inférieurs ou supérieurs sans assumer ses choix politiques budgétaires », dénonce le collectif des vacataires de Lyon 2. Au-delà de ce constat général, une réponse détaillée sera apportée collectivement à la direction des ressources humaines ce jeudi à 10h.
[Lyon Mag, 04/02/2015]

Sur le Web : Lire sur Lyon Mag
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