Les précaires de la recherche font pression sur G. Fioraso

{Sciences²} | 6 juillet 2012 | par Sylvestre Huet
vendredi 6 juillet 2012
par  antonin
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Les précaires de l’enseignement supérieur et de la recherche font monter la pression sur la ministre Geneviève Fioraso. Il s’agit de la plus explosive des bombes à retardement laissés derrière lui par le gouvernement Sarkozy. Il y aurait 10.000 précaires dans les laboratoires du Cnrs, près de 15.000 en tout dans la recherche et près de 30.000 dans les universités (lire ici une enquête de 2010).

Rassemblements et manifestations, comme à Montpellier mercredi 4 juillet, lettres des syndicats, courriels échangés entre précaires, appel au secours en direction des députés... tout montre que ce problème sera le plus urgent et le plus dur pour la ministre dès la rentrée de septembre... voire dès cet été pour des centaines de CDD. Montp ph-2

Dans une lettre remise à la députée socialiste Anne-Yonne Ledain , un véritable appel au secours, les précaires de sa région lui disent : « au CNRS dans la région Languedoc Roussillon, nous sommes aujourd’hui 800 contractuels et nous risquons de nous retrouver tous au chômage du jour au lendemain à cause des conséquences de la loi Sauvadet du 13 mars 2012. » PNG - 173 ko

A droite vue du rassemblement de Montpellier le 4 juillet.

Voici cette lettre :

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La multiplication des contrats à durée déterminée pour des techniciens supérieurs, des ingénieurs et des ingénieurs de recherches (dans ce cas des titulaires d’un doctorats es-sciences au minimum) financés par l’ANR ou les contrats européens ERC a peuplé les laboratoires de précaires par milliers.

Aujourd’hui, ils sont menacés d’être mis à la rue sans délai ni ménagement. Pourquoi ? Parce que la loi Sauvadet de resorption de la précarité dans la fonction publique suppose que les personnes ayant déjà travaillé six ans en CDD soient embauchés en CDI. Puis que ceux ayant déjà travaillé quatre ans se voient proposer de participer à des concours de recrutement réservés.

Or, le gouvernement n’a nullement l’intention de créer des postes d’ingénieurs, de techniciens ou de chercheurs pour intégrer ces personnels qualifiés et compétents, dans la recherche publique de manière pérenne. Aussi, les directions des organismes de recherche (Cnrs notamment) interdisent aujourd’hui aux directeurs de laboratoire de reconduire les CDD même s’ils disposent de financements sur contrats, afin d’éviter de tomber sous le coup de la loi.

De leurs cotés, les directeurs de laboratoires et chefs d’équipes commencent à prendre conscience de l’énormité du problème. La direction des organismes leur dit, en réalité, de se séparer de personnes compétentes car déjà au travail depuis deux ou trois ans, pour les remplacer par d’autres jeunes, tout juste sortis de doctorat, d’école d’ingénieurs ou de BTS ou DUT. Au dela du drame des personnes virées, c’est la qualité de la recherche qui est mise en cause, par la destruction brutale d’équipes performantes.

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Un groupe de directeurs de labo de Montpellier, parmi lesquels on relève par exemple le nom de Joël Bockaert et Marcel Méchali, membres de l’Académie des sciences, a donc écrit le texte suivant :

« Comme vous le savez, une décision récente du CNRS de rejeter certaines demandes de renouvellement de CDD DÈS LA 3è ANNÉE plonge nos laboratoires dans une situation catastrophique. Nous soutenons l’action des CDD qui s’opposent à cette mesure dangereuse, et vous appelons à être tous présents le 4 juillet, entre 9 et 12h devant le siège de la Délégation Régionale (Campus CNRS, 1919 Route de Mende). En effet, cette décision brutale a des conséquences dramatiques pour nos personnels, pour nos travaux en cours et pour le futur de la recherche en France. Étant donnée la diversité des formations et des parcours des personnes qui font la richesse de nos laboratoires, nous savons que la durée des contrats des postdoctorants et ITA ne peut être imposée aussi strictement. Plus encore, limiter cette période à 3 ans menace les personnels actuellement en CDD et entraîne un gachis de ressources, déjà difficilement obtenues, qu’elles soient auprès des organismes de financement nationaux, de l’UE, privés et autres. Nous encourageons tous les membres des laboratoires à manifester ce 4 juillet leur soutien aux CDD qui font la recherche dans nos labos. »

Voici la liste des signataires de ce premier appel qui montre l’ampleur de la colère et des craintes des cadres de la recherche sur ce dossier :

Patrick Bastien Directeur Adjoint, MIVEGEC, Joël Bockaert Membre de l’Académie des Sciences, Ex-Directeur IGF, Catherine Braun-Breton Directeur DIMNP, Giacamo Cavalli Directeur IGH, Anne Debant Directeur CRBM, Christian Devaux Directeur CPBS, Moulay Saïd El Youssoufi Directeur LMGC, Didier Fontenille Directeur MIVEGEC, Alain Foucaran Directeur IES, Philippe Jarne Directeur CEFE, Christian Jorgensen Directeur U844, Laurent Journot Directeur UMS, Jean-Claude König Directeur LIRMM, Marcel Méchali Membre de l’Académie des Sciences Directeur du Labex EpiGenMed, Philippe Pasero Directeur Adjoint, IGH, André Pèlegrin Directeur IRCM, Marc Piechaczyk Directeur IGMM, Jean-Philippe Pin Directeur IGF, Catherine Royer Directeur CBS.

Ce problème est manifestement encore plus aigü en biologie au vu des signataires de cet appel.

Nathalie Bonnaud, biologiste à Montpellier m’a confié au téléphone : « Si cela a démarré à Montpellier, c’est qu’ici les précaires en CDD sont de plus en plus nombreux, surtout en biologie, sur les contrats ANR. Près de 850 CDD pour notre seule délégation régionale. Des CDD pour des ingénieurs, techniciens supérieurs, et ingénieurs de recherche post-doc, la plupart de six mois à 2 ans. Il y a aussi l’ERC, pour cinq ans qui a débouché sur des recrutements de CDD. Le CNRS est considéré comme seul employeur, donc, avec la loi Sauvadet, le CNS se retrouve en situation de devoir embaucher en CDI s’il renouvelle les CDD. Du coup, le CNRS a décidé de remonter toutes les décisions à Paris pour empêcher les délégations régionales de renouveler les CDD afin que les gens ne soient plus admis à concourir sur les concours réservés aux précaires. Allons nous avoir 800 chômeurs très diplômés d’ici peu à Montpellier ? »

Ajout à 14h26 :

Hier, les syndicats ont pu dialoguer avec la ministre Geneviève Fioraso sur ce point à l’occasion d’un Comité technique paritaire. Voici l’extrait du communiquédu SNTRS CGT sur la question des CDD :

« Sur les précaires :

Elle a consacré un temps à la précarité du fait de la pression organisée par les syndicats (rassemblement devant le Ministère et succès la veille de la mobilisation à Montpellier). Elle a annoncé qu’elle travaillait à chercher une solution dans les semaines qui viennent pour la CDIsation des agents ayant l’ancienneté requise sur le même poste de travail avec plusieurs employeurs. Elle s’est engagée à rompre avec l’absence de dialogue social du gouvernement précédent. Toutes les mesures doivent avoir fait l’objet de discussions approfondies. Nous avons en conséquence exigé du Directeur de cabinet que le vote du CT sur décret qui fixait la liste des corps ouverts pour les examens de titularisation (et qui notamment excluait les corps A+) soit reporté et précédé d’une négociation avec les syndicats. Nous avons obtenu ce report et la négociation malgré une dernière résistance du Directeur de Cabinet. »


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Photo, manifestation à Montpellier devant le siège du Cnrs le 4 juillet.



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Brèves

Le vieux lion est mort

vendredi 14 octobre 2016

C’est avec grande tristesse que nous apprenons la disparition d’Henri-Edouard Audier. Henri était un pilier dans la lutte pour défendre l’Enseignement supérieur et la recherche en France. Cette pugnacité dont il faisait preuve était accompagnée d’une précision dans ses propos grâce à sa grande connaissance des rouages du système. Par son admirable travail d’analyse, il nous a permis de nous défendre avec rigueur contre les effets de communication et de manipulation des différents gouvernements. Il pouvait analyser d’un côté des chiffres budgétaires de tout l’ESR avec une admirable précision et d’un autre côté soutenir la cause des précaires de la recherche. Nous n’oublierons jamais le soutien qu’il a apporté à PAPERA et de sa grande prévenance lors de nos différentes discussions avec lui. Il nous manquera à tous.

A lire le Texte d’Alain Trautmann

Universités : Victoire à Paris 8, grève à Paris-Est

mardi 7 avril 2015

[Politis, Par Ingrid Merckx - 3 avril 2015]

11 semaines. Il aura fallu tenir 11 semaines de grève pour que les bas salaires de l’Université de Paris 8 obtiennent gain de cause.

Le 3 avril, le Collectif des bas salaires a décidé de suspendre le mouvement.

« Si le conflit a duré au-delà de la seconde proposition de la présidence, à savoir le rehaussement à hauteur de 70 euros bruts pour l’ensemble des catégories C titulaires, c’est parce que cette proposition a été jugée insuffisante et n’incluait pas les contractuels « sur fonctions non pérennes ». Elle a été rejetée massivement par l’ensemble des personnels présents à l’assemblée générale qui s’est tenue le 5 février. (...)

A l’issue du conflit qui a opposé le collectif des bas salaires à la direction, les négociations ont permis d’acter une augmentation de 70 euros bruts minimum pour l’ensemble des personnels titulaires et contractuels sur fonctions pérennes. »

Nouvelles de la mobilisation des vacataires de Lyon 2

vendredi 6 mars 2015

[Le Progrès, 04 mars 2015, M.F.] (...) Selon Jean-François Goux, vice-président aux finances, il ne reste plus que 11 contrats non signés et ils le seront au plus tard ce vendredi. Sur ce volet, la situation des enseignants vacataires s’améliore mais ceux-ci réclament aussi de meilleures conditions de travail, notamment des TD moins chargés, ainsi que l’exonération de leurs frais d’inscription en tant qu’étudiants. Ils maintiennent la pression en refusant de transmettre les notes des étudiants à l’administration. Selon un vacataire, une cinquantaine de vacataires suit cette consigne. Jean-François Goux ramène ce chiffre à une dizaine, tout en admettant qu’il ne parvient pas à obtenir des données précises auprès des composantes les plus mobilisées. En ce qui concerne l’exonération, impossible de prendre une décision seulement à Lyon 2, répond-il en substance. Cela s’inscrit dans une politique de site, et doit être commun au sein de l’université de Lyon. D’après une enseignante vacataire, les jurys sont aussi suspendus dans quatre composantes : sociologie, anthropologie, sciences politiques, économie. Il s’agit d’un soutien politique à nos revendications » affirme-t-elle. Après le rassemblement du matin, une assemblée générale est prévue au sein de la grande université lettres et sciences humaines.

Retenues de notes à Paris Sud

samedi 14 février 2015

Les enseignants de biologie de l’Université Paris Sud ont décider en signe de protestation de procéder à une retenue des notes des examens. Depuis la semaine dernière, il y a eu deux assemblées générales qui ont réunies 250 puis 350 personnes (pas seulement en biologie mais majoritairement). Les étudiants et les personnels (2/3 vs 1/3) mobilisés ont ensuite interpeller directement le président sur la mise en place d’un budget d’austérité sur Paris Sud. En effet, même à Paris Sud qui a un budget moins serré que d’autres universités, la situation s’aggrave d’année en année. La mesure "phare" de l’année étant la suppression de tous les ATER (Attachés Temporaire d’Enseignement et de Recherche).

La mobilisation continue et l’AG du 12 février a proposé un évènement parisien pour la première semaine du mars auquel d’autres universités pourraient se joindre...

Lyon 2 : les enseignants vacataires poursuivent la grève

jeudi 12 février 2015

Lors de l’Assemblée générale de ce mercredi, les vacataires de Lyon 2 ont décidé de reconduire leur grève jusqu’au vendredi 13 février inclus. Il faut dire que les grévistes avaient fait part de leurs revendications (pas de contrat, ni de rémunération pour certains vacataires depuis la rentrée de septembre) à la présidence de l’Université et que la réponse avait été jugée « insatisfaisante ». « La présidence esquive ses responsabilités en rejetant la faute à des niveaux administratifs inférieurs ou supérieurs sans assumer ses choix politiques budgétaires », dénonce le collectif des vacataires de Lyon 2. Au-delà de ce constat général, une réponse détaillée sera apportée collectivement à la direction des ressources humaines ce jeudi à 10h.
[Lyon Mag, 04/02/2015]

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