Petite précarisation entre amis

Bouillaud’s Weblog – bloc-notes d’un politiste | 8 juin 2011
vendredi 15 juillet 2011
par  antonin
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C’est toujours une joie mitigée que de voir se réaliser ses plus sombres prévisions sur un point de la réalité qui vous tient à cœur : joie intellectuelle d’avoir exercé sa raison avec justesse, tristesse profonde de constater que le regrettable se trouve effectivement en train de se produire comme on l’avait prévu. C’est le sentiment que j’ai eu en découvrant hier l’annonce suivante sur la liste de diffusion de l’Association nationale des candidats aux métiers de la science politique (ANCMSP) :

Sciences Po [X censuré pour ne pas rattacher le problème à une institution en particulier] recrute deux enseignants chercheurs à temps partiel.

Dans le cadre de la réforme du cycle Master de son Diplôme, Sciences Po [X], grande école publique rattachée à l’Université [Y] et au PRES [Z], recrute à partir du 1er septembre 2011 deux enseignant(e)s chercheur(e)s à temps partiel sur des contrats d’établissement d’un an renouvelable [je souligne]. Confronté à un sous encadrement chronique en enseignants chercheurs statutaires, l’établissement fait ce choix, contraint et raisonné [contraint peut-être, mais raisonné vraiment ?], dans le but de proposer un statut et une reconnaissance minimales [effectivement, c’est le terme : "minimales"] à des docteurs sans poste qui contribuent, par les responsabilités pédagogiques et administratives qu’ils endossent, à son développement [formulation bien maladroite qui laisse à penser à cause de l’usage du présent de l’indicatif qu’il s’agirait de légaliser une situation de fait déjà en cours]. La rémunération équivaudra à celle d’un MCF en début de carrière sur la base d’un temps de travail de 50% [ne surtout pas faire le calcul et ne pas comparer à un revenu du secteur privé au même niveau de qualification, ou alors considérer que "doctorat en science politique = BTS ou DUT" ]. Il sera demandé aux personnes recrutées d’assurer une charge d’enseignement de 96h équivalent TD et de participer directement [ je souligne] à la gestion et à l’animation de deux majeures du cycle Master.

1er poste Le-la candidat(e)[n’oublions pas d’être politiquement correct] sera titulaire d’un doctorat en science politique obtenu en France ou à l’étranger. Il (elle)[idem] pourra faire valoir d’une solide expérience d’enseignement (magistral et TD) [mais il recevra, voir plus haut, un demi-salaire de débutant] , de préférence dans un département universitaire de science politique ou dans un Institut d’Études Politiques, et d’un dossier de recherche conséquent [pour un salaire de débutant, n’est-ce pas ?]. La maîtrise de l’anglais et la capacité à enseigner dans cette langue sont souhaités [spécial bonus, qui ne vaut pas supplément de salaire !]. Il (elle) sera rattaché(e) pour ce qui concerne ses activités de recherche au [laboratoire W] (UMR CNRS). Les thématiques de recherche et d’enseignement recherchés sont : la sociologie des relations internationales, la sociologie des conflits, l’étude des politiques de sécurité, les questions stratégiques comparées… Le-la candidat(e) retenu aura à exercer des responsabilités d’animation [autrement dit, la direction d’une filière de formation à créer avec tout le travail qui s’en suit, ce qui signifie d’évidence en heures plus qu’un mi-temps, surtout si la formation n’est pas en phase de croisière] de la Majeure Stratégie Intelligence et Gestion des Risques au sein de la spécialité Carrières Européennes et Internationales.

2ème poste Le-la candidat(e) sera titulaire d’un doctorat en science politique obtenu en France ou à l’étranger. Il (elle) pourra faire valoir d’une solide expérience d’enseignement (magistral et TD) [idem], de préférence dans un département universitaire de science politique ou dans un Institut d’Études Politiques, et d’un dossier de recherche conséquent [idem]. La maîtrise de l’anglais et la capacité à enseigner dans cette langue sont souhaités [idem]. Il (elle) sera rattaché(e) pour ce qui concerne ses activités de recherche au [laboratoire W] (UMR CNRS). Les thématiques de recherche et d’enseignement recherchés sont : la sociologie des relations internationales, la sociologie des conflits, l’étude du rôle des ONG et de la société civile dans la résolution des confits, l’analyse de la médiation et de la négociation internationales, la religion comme acteur international… Le-la candidat(e) retenu aura à s’investir [ô que ce terme sonne doux aux oreilles néo-managériales, s’investir ? késako ?] au sein de la Majeure Conflits et Développement au sein de la spécialité Carrières Européennes et Internationales.

Il est possible de faire acte de candidature pour l’un et l’autre poste. Les dossiers de candidatures sont à adresser à Monsieur le Directeur [etc., je ne veux vraiment pas personnaliser l’affaire, j’avais cependant oublié dans un premier temps de supprimer le nom du laboratoire de recherche concerné.]

Cette offre se passe presque de commentaires ! Mais allons-y tout de même.

Premièrement, il se confirme que les nouvelles formes d’emploi ouvertes par les récentes réformes universitaires dans le domaine de l’enseignement et de la recherche aboutissent, non pas seulement à payer mieux des enseignants-chercheurs ou chercheurs que les Universités françaises iraient débaucher sur le marché international des valeurs académiques montantes (les « stars »), mais aussi à payer aussi peu que possible et à précariser les personnels désirant entrer dans la carrière académique. Ces deux offres, qui correspondent en charge de travail effective d’évidence à plus que des mi-temps, ainsi que les pré-requis qu’on exige des candidats (en rien différents de ceux qu’on exige par ailleurs des statutaires dans la même institution), sont une démonstration éloquente de ce point. Faute de budget suffisant attribué par ses tutelles, la structure, tout en se rengorgeant de son excellence et sa réforme en cours, fait payer le prix de l’ajustement financier aux derniers entrants, à ces malchanceux qui feront la même chose (et peut-être même plus) que leurs collègues pour bien moins cher, et, qui, en plus, pourront être mis à la porte dès qu’ils seront devenus importuns, mais qui auront un « statut » meilleur qu’encore pire (des vacations, je suppose !). On me rétorquera qu’après tout, c’est la même chose pour la plupart des jeunes entrants sur le marché du travail dans le secteur privé (avec les CDD et autre intérim), sauf qu’en France, l’emploi en CDD et en intérim, même pour les jeunes, suppose (encore à ce stade) le paiement d’une prime de précarité (10%), calculée comme un pourcentage du salaire équivalent des personnes en CDI. Un précaire smicard touche plus à la fin des mois où il a travaillé qu’un statutaire smicard. (Situation qui chagrine d’ailleurs fort le patronat… qui voudrait un contrat unique…)

Deuxièmement, d’évidence, ces postes sont en réalité fort mal payés, à part en espérance ! Ce sont des mi-temps, avec certes une paie à mi-temps, mais cela ne tient nullement compte de la spécificité du travail académique. Je vois mal en effet les personnes occupant ces postes réduire leur activité de recherche de moitié, parce qu’elles sont payées à mi-temps. Rappelons en effet qu’un enseignant-chercheur consacre selon la définition officielle du métier la moitié de son temps à l’enseignement (soit 192 heures équivalent TD ou, en d’autres termes, 800 heures en comptant tout ce que cela représente en préparation, corrections, etc.) et l’autre moitié à la recherche (soit 800 heures). Dans le cas présent, les personnes choisies vont faire très probablement 800 heures de recherche (d’autant plus qu’elles voudront « nourrir leur dossier » pour aboutir plus tard à un poste statutaire de MCF ou de chercheur CNRS), 400 heures de travail liées aux 96 heures équivalents TD à faire devant les étudiants, et enfin un nombre indéterminé d’heures liées à la direction ou à l’animation de formation de niveau master. Autrement dit, nous ne sommes pas loin en pratique de payer un travail à plein temps d’une personne pleine d’expériences au prix du mi-temps de débutant. Belles soldes, que voilà ! Bien mieux qu’à la Samaritaine ! (La seule façon de rétablir l’équilibre serait que les personnes concernées partent la moitié de l’année à l’autre bout du monde pour y faire leur recherche dans une autre Université payant l’autre moitié de cette dernière).

Troisièmement, il s’agirait là de la part de l’institution concernée d’un choix « raisonné  ». C’est vrai au sens où réduire les rations sur le Radeau de la Méduse tend à permettre à quelques uns de survivre plus longtemps au désastre en cours. Mais, pour le reste, cela revient à avaliser le fait que l’Université est sous-financée par rapport aux nobles objectifs qu’elle se donne, qu’elle s’apprête résoudre le problème grâce à l’existence d’une vaste armée de réserve de docteurs sans postes auxquels, de toute façon, il n’est plus possible de valoriser autrement les nombreuses années de doctorat et de post-doctorat que par ce genre de postes (transitoires en principe…), qu’il est bon que ces gens soient payés d’espoirs d’obtenir un jour (quand leur Prince viendra…) un poste statutaire, bref, on se trouve à peu prés là dans la même situation « morale » que n’importe quelle entreprise qui profite de l’état dégradé du marché du travail pour imposer ses conditions aux travailleurs. Cela ne me choque pas tant que cela du point d’une entreprise, dont le seul objectif est la maximisation du profit de ses actionnaires, et de la part de dirigeants qui sont bien payés pour cela. C’est le jeu capitaliste ordinaire, mais, dans le monde académique, où les décisions sont censées être prises par un groupe de pairs au nom d’autres objectifs (formation des étudiants, recherche désintéressée), je ne vois là qu’une exploitation des « outsiders » par les « insiders », et surtout qu’un manque de courage de la part des dirigeants de ces institutions. Si vous n’avez pas l’argent pour faire fonctionner votre boutique, eh bien diminuez la voilure, n’ouvrez pas de nouvelles filières, officialisez que vous ne pouvez pas faire plus avec moins. Arrêtez donc de faire semblant que vous pouvez faire des miracles – que vont payer en pratique les derniers entrants. Ce faire semblant que tout va bien est sans doute l’une des causes majeures de l’atonie du monde universitaire. Le bateau coule, mais que l’orchestre continue à jouer et les convives de valser !

Quatrièmement, je sais bien que, malgré mes propos, ces postes seront pourvus, qu’il se trouvera sans aucun doute des docteurs sans poste pour trouver au final les conditions acceptables dans l’espoir d’un retour sur investissement en terme d’un poste à statut. C’est certain que le piège socialement construit par l’état du marche du travail en général s’est refermé sur certains qui ont bien trop investi dans l’espoir d’une carrière académique pour renoncer à ce stade. Serais-je moi même encore dans ce cas, peut-être tenterais-je moi aussi de candidater, en me demandant en plus – misère ! – si la compétition est vraiment ouverte. Pour le présent, il n’y a donc pas grand chose à faire, mais, pour l’avenir, cela me confirme qu’en tant qu’enseignant-chercheur, je dois décourager le plus possible les étudiants qui en auraient l’intention de faire une thèse. Les gains en terme de carrière à en attendre semblent de plus en plus compromis. Une profession qui accepte de se précariser ainsi signale bien l’écroulement en cours de son poids réel dans la Reproduction sociale. De fait, en entrant sur cette pente au nom d’un raisonnement bien pesé, il n’existe par d’autres limites à la baisse des conditions de recrutement qu’un ajustement « automatique » par la disparition progressive du vivier des docteurs sans poste. Il parait que le nombre d’entrants en thèse diminuerait, voilà la seule bonne nouvelle pour l’avenir.

Enfin, bonne chance aux candidats à ces deux jolis postes de tout repos !


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EFiGiES lance une enquête sur la jeune recherche non statutaire face à la parentalité

mercredi 4 mai 2016

L’association EFiGiES lance une enquête sur la jeune recherche non statutaire face à la parentalité.

Comment concilier le fait d’attendre un enfant ou d’être parent quand on est en thèse ou en recherche de poste ? Quelles difficultés spécifiques voient le jour à cette occasion ? Comment l’institution académique prend-elle en charge (ou non) les jeunes chercheur.e.s confronté.e.s à ces situations ?

Ces questions nous paraissent d’autant plus d’actualité dans le contexte de la mobilisation collective contre la précarité dans l’enseignement supérieur et la recherche, précarité touchant particulièrement les femmes et les jeunes chercheur.e.s, en abordant une problématique qui nous semble encore peu étudiée.

Pour cela, nous avons élaboré un questionnaire qui s’adresse à tou.te.s celles et ceux qui se sentent concerné.e.s, qui sont en thèse en France ou l’ont été

Y répondre vous prendra une vingtaine de minutes.

Si vous désirez davantage de renseignements sur cette enquête, vous pouvez nous écrire à : contact.efigies gmail.com

N’hésitez pas à faire circuler ce questionnaire dans vos réseaux et auprès de vos connaissances, en particulier si elles ont quitté le milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Le plus grand nombre de contractuels de la FPE est dans l’enseignement supérieur

vendredi 2 décembre 2011

Selon le Rapport annuel sur l’état de la fonction publique 2010-2011, en 2009, (cf. tableaux p.261 et p.262) on dénombrait un total de 360 907 agents non-titulaires dans la Fonction Publique d’État (FPE). Sans compter les "Emplois statutaires de non-titulaires des ÉPA dérogatoires, dont : Pôle emploi, CROUS, INRAP, Agence de l’eau...". Pour comparaison, il y a 355 001 agents non titulaires dans la Fonction Publique Territoriale (tableau V 1.1-1, p.67).

  • 131 542 agents non-titulaires dans les différents ministères, correspondant à 107000 Équivalent Temps Plein.
  • 229 365 agents non-titulaires dans les EPA (Établissements Publics à caractère Administratif), 181807 ETP, sur un total de 348416 agents. Ce qui fait quasiment 3 fois plus de non-titulaires.
  • En 2009, il y avait 68 915 non-titulaires dans l’Éducation nationale et 75 884 dans l’Enseignement supérieur, soit le plus gros contingent de non-titulaires de tous les ministères (tableau 1.3-3, p.229).
Sur le Web : Lire sur POOLP

Droits d’inscription universitaires 2011-2012

lundi 1er août 2011

JORF n°0176 du 31 juillet 2011, page 13076, texte n° 13

Arrêté du 28 juillet 2011

  • Licence 177€
  • Master 245€
  • Doctorat 372€

Diplôme de médecine, pharmacie, odontologie, maïeutique et paramédicaux 177€, 2e cycle 245€...

Tous les détails pour les autres diplômes ci-dessous :

Sur le Web : Sur legifrance.gouv.fr

Section 19 du CNU, suite et pas fin (du tout)

samedi 18 juin 2011

Agora relance le dossier "auto-promotion" qui se déroule au sein de la section 19 du Conseil National Universitaire (CNU) :

Nous vous relayions il y a quelques jours la déclaration de professeurs siégeant au sein de la 19e section du CNU et dénonçant les nouvelles auto-promotions dont elle a été le théâtre. Pour compléter cette dernière, nous reproduisons, avec sa permission, la lettre ouverte qu’Alain Quemin a adressé à ses collègues. Voilà qui devrait alimenter les discussions au prochain Congrès de l’Association française de sociologie (AFS), début juillet à Grenoble, où les principaux intéressés ne seront malheureusement sans doute pas présents…

Sur le Web : La suite sur Agora

Répression policière à l’École Normale Supérieure

mardi 19 avril 2011

Communiqué du 19 avril 2011

Alors que les grévistes allaient entamer leur 100éme jour de grève et que les négociations avec la direction suivaient leur cours, la directrice de l’ENS, Monique Canto-Sperber, a décidé d’ordonner l’évacuation des locaux occupés par les grévistes et les étudiants qui soutenaient le mouvement. A 6h, les forces de l’ordre en nombre conséquent ont délogé les occupants sans sommation en défonçant la porte. 14 personnes ont été arrêtées et sont actuellement retenues au commissariat du 5éme arrondissement.

Après le référé au tribunal administratif et les menaces quotidiennes des huissiers, la direction de l’ENS franchit un pas de plus dans la répression de ses propres salariés précaires et étudiants syndiqués et non syndiqués. Le mouvement social est déterminé à continuer la lutte et ne cédera pas aux pressions comme aux menaces physiques.

Le comité de mobilisation de l’ENS


Le comité a appelé à un rassemblement de soutien aux interpelés qui sont sorti du commissariat vers 9h30, puis à une assemblée Générale à l’ENS (45 rue d’Ulm) à 12h.

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